Le Deal du moment : -42%
Montre Ice-Watch pour Femme – ICE glam Black ...
Voir le deal
51.86 €

 :: Gestion du RP :: Bureau de recensements :: Recensements validés Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Xaphan Blackwood / Matteo Rossi
Matteo Rossi

Dossier du personnage
✘ Métier: Traître mort
✘ Description Physique:
✘ Inventaire/Pouvoirs:
Matteo Rossi
Matteo Rossi
Démon Solitaire • Admin
Messages : 446
Points RP : 205
Points ☆ : 0,5
Age : 1516
Nationalité : Général des Enfers
Situation : Célibataire
Matteo Rossi
Jeu 10 Mar 2016 - 15:51


logo

Xaphan Blackwood





Prénom : Xaphan
Nom : Blackwood
Surnom : Le Général
Âge : 1512 ans
Race : Démon
Nationalité : Italienne
Orientation : Hétérosexuelle

Groupe : Famille Blackwood
Métier : Parrain

Pouvoirs : Endurance, Sens, Perception / Pyrokinésie, Sorcellerie, Régénération / Téléportation, Immunité, Extraction de souvenirs.

Crédit de l'avatar : Leon - « Reine des Fleurs »

Je n'aime pas déménager trop souvent. Ce corps, je l'ai depuis plusieurs siècles maintenant et je m'y sens comme chez moi. Lorsque je l'ai choisi, je ne me suis pas arrêté à son charme, au contraire des femmes de son entourage. Avec son teint très légèrement hâlé, ses yeux noirs en amande et ses épais cheveux de jais, il aurait pu avoir toutes les demoiselles du royaume à ses pieds, sans compter que c'était un très bon parti.

Mais il a suffi que j'arrive, moi et  mes plus de mille ans d'histoire, pour arracher à ses gentes dames le corps sculpté du jeune noble auprès duquel elles auraient tant aimé s'allonger. Ses sombres iris ont depuis adopté mes couleurs : le jaune doré qui me caractérise, en accord avec ma nature de feu.
Je m'applique à entretenir ce véhicule au mieux ; il est grand et fort et plus je le régénère, plus il me rend puissant. De plus, il porte très bien le costume qui, malgré l'époque reculée qui était la mienne au jour de ma naissance, est aujourd'hui ma tenue quotidienne et favorite. Censé inspirer le respect, je ne conçois pas une seconde la possibilité de me montrer autrement vêtu qu'avec la plus élémentaire élégance.

L'ambition est ce qui m'a fait avancer vers l'avenir, pendant les quelques vingt années qui m'ont été données de vivre. C'est aussi probablement ce qui a causé ma mort, en association, sans doute, avec ce qu'on appelle communément le karma. Je suis un homme calme, au premier abord ; je n'aime pas qu'on parle trop et trop fort, je n'aime pas exprimer mon opinion devant ceux pour lesquels je n'ai aucun intérêt et j'ai horreur des démonstrations sentimentales – quelle que soit l'émotion mise en avant.
Mesuré, introverti ou mystérieux, appelez cela comme vous voudrez, mais vous ne m'entendrez que lorsque j'aurai quelque chose de pertinent à vous signifier, comme un ordre ou l'annonce de votre mort prochaine... Je n'en suis pas arrivé où je suis en perdant mon temps avec les personnes insignifiantes, comme c'est le cas de la grande majorité d'entre elles.

En revanche, si vous avez la chance d'être à mon goût, je saurai me montrer un hôte agréable et un ami fidèle – jusqu'à ce que les vents tournent, cela va sans dire. J'apprécie la plaisanterie lorsque je suis en compagnie des personnes adéquates ; l'humour est un trait de ma personnalité que je m'efforce de dissimuler, même si, parfois, un peu d'ironie et de sarcasme par-ci par-là me fait beaucoup de bien.
L'humeur est très importante également ; en tant que dirigeant d'une organisation comme la famille Blackwood, j'ai malheureusement l'occasion d'expérimenter toute sorte d'états d'esprit, jusqu'à l'humeur la plus exécrable.

Mais amis comme ennemis, que mes longs silences ne vous induisent pas en erreur ; je ne cesse jamais de réfléchir, d'analyser, de calculer. Je suis un homme éduqué et à l'intellect plus que respectable, la nature humaine n'a rien d'un mystère pour moi et c'est grâce à cela, vous vous en doutez, que je peux me targuer d'occuper la place qui est la mienne sur Terre comme aux Enfers.


L'après-midi touchait à sa fin, la chaleur comme vaincue par l'approche de la nuit laissait place à une tiédeur moite habituelle des jours d'août. Un orage avait ravagé les jardins de la cité, laissant les enfants sauter à pieds joints dans les flaques d'eau boueuse, comme autant de lacs dans lesquels les petits guerriers se jetaient pour tuer les monstres sous-marins s'y abritant. Matteo courait aussi vite que ses jambes frêles le lui permettaient. Effrayé à l'idée d'être ralenti, il n'osait pas jeter de regard derrière son épaule, quand bien même il aurait voulu s'assurer d'une avance durement gagnée. Avance insuffisante, néanmoins, puisque quelques instants après qu'il eut passé une série de buissons, s'écorchant au passage tout le long de ses bras, une masse de muscle pesant près de deux fois son propre poids s'abattit sur lui. Il mordit la poussière, se blessant encore au menton, serrant les dents devant la défaite.

« Je t'ai eu, Xaphan ! Maintenant, tu vas goûter à la lame de mon épée ! », hurla son poursuivant. Mais le petit garçon éclata en sanglot tandis que le sang tombait en fines gouttes sur l'herbe, de même que ses larmes. « Matteo ! Tu gâches toujours la fin !
Tu m'as fait mal !
Évidemment, tu es le méchant et je suis le héros ! C'est comme ça que c'est censé être !
Pourquoi c'est toujours moi qui fait Xaphan ? Je veux être le héros aussi... »

Piero s'était relevé et avait tendu la main à son petit frère. Il avait constaté les nombreuses écorchures sur la peau de ce dernier et savait que leur mère allait le punir pour cela, tandis que leur père lui passerait une main sur les cheveux en riant de leurs bêtises. Les deux enfants savaient tous les deux que leurs jeux finissaient toujours ainsi : Mère criant qu'elle ne pouvait les supporter davantage et Père s'amusant de les voir si prompts à la bataille.

« Tu sais que tant que je serai le plus vieux, c'est moi qui serai le héros. »

Matteo lui lança un regard humide, rempli de toute l'injustice qu'il ressentait à ce moment précis.

« Mais tu seras toujours le plus vieux...
Exactement. »

Attrapant son souffre-douleur par les épaules, Piero lui donna une tape qu'il voulait virile sur le front et commença à se détourner. De toute façon, on n'allait pas tarder à les rappeler. Giuliano devait en avoir fini de ses leçons et leurs sœurs avaient probablement terminé leurs propres activités. Piero et Matteo, les deux plus jeunes garçons, avaient encore le droit de jouer librement à l'extérieur, mais bientôt, Piero devrait à son tour travailler à son avenir.

La famille de Giulio da Napoli comptait sept enfants. Giuliano, premier fils et troisième enfant, se verrait un jour hériter du domaine et des affaires de leur père. Piero, deuxième fils et cinquième enfant, savait que son père le voyait servir en bon soldat, espérant qu'il acquerrait un titre grâce à ses faits d'armes. Matteo, enfin, petit dernier faible et d'une nature maladive, Dieu seul savait ce que ses parents avaient prévu pour lui.

« Pourquoi Xaphan ? »

Piero se tourna vers son frère, qui avait séché ses larmes.

« Pardon ?
Pourquoi ton méchant s'appelle Xaphan ?
Oh... Je ne sais pas, je l'ai inventé. Je trouvais que ça sonnait bien. Ça pourrait être le nom d'un Dieu, ou d'un monstre.
Est-ce qu'un jour, je pourrai être un héros, moi aussi ? »

Piero sourit. Matteo et lui avaient près de six ans d'écart ; il se sentait obligé de le protéger, mais ne pouvait s'empêcher de lui mener la vie dure. Peut-être espérait-il qu'ainsi, il s'endurcirait, lui qui était si frêle.

« Ça ne dépend que de toi. »

Mais déjà, les voix de leurs sœurs les rappelaient à l'ordre, les premières arrivant à leur rencontre s'exclamant devant l'ampleur des écorchures parsemant la peau du plus jeune. Matteo et Piero seraient peut-être des héros, mais pas ce soir-là.

~~~~~~~


L'heure était venue. Il avait tenté de repousser l'échéance, mais elle était bel et bien là, l'obligeant enfin à rassembler ses affaires. Il aimait bien cette vieille chapelle ; il avait appris à en apprécier les moindres recoins poussiéreux, les bancs pourrissant à vue d’œil et les mendiants s'y reposant à défaut de trouver un autre toit que celui de leur Seigneur. L'année passée à recevoir les enseignements du Père Paulo s'était écoulé sans heurt dans la quiétude d'un petit village de Campanie où Matteo était venu depuis Naples. Ami de la famille, Père Paulo avait accepté sans hésitation de prendre sous son aile l'adolescent. Ce dernier ne doutait pas que Giulio, le notable, avait arrosé le curé d'argent pour ce service, mais qui s'en serait étonné ? Peut-être que cet argent servirait à rénover un peu le lieu de culte dans lequel les deux hommes avaient évolué ensemble pendant un an.

Matteo soupira en jetant un dernier regard à l'autel décati. Une pensée lui traversa l'esprit : Piero devait déjà être entré au service du roi Théodoric. Lui, au moins, saurait devenir le héros dont ils avaient tant rêvé. Pendant ce temps, Matteo se contenterait de parfaire toujours plus ses connaissances des Saintes Écritures, répétant prières après prières, psaumes après psaumes, les discours qui feraient son quotidien. Le soleil pointait à l'horizon, annonçant un jour nouveau. Le jeune Matteo, alors âgé de 15 ans, s'apprêtait à rejoindre Florence pour poursuivre ses études. Il avait été accepté aux côtés d'un éminent homme de foi qui, il n'en doutait pas le moins du monde, constituait la première marche dans son ascension vers son but ultime : la papauté.

Pas un instant, il ne songea que ses ambitions puissent être au-delà du possible, ni en vérifiant une dernière fois le contenu de son sac, ni en embrassant le Père Paulo venu lui dire un dernier mot avant qu'ils ne se séparent. Il n'y avait jamais songé, d'ailleurs, depuis le jour où sa mère avait mentionné son avenir. D'abord déçu comme n'importe qui l'aurait été, il avait vu dans les attentes de ses parents un moyen de hisser un de leurs enfants à la place la plus glorieuse qui soit : Pape de Rome. Qui s'occupe des rois, des notables et autres soldats quand on peut exercer un pouvoir indicible et absolu : le pouvoir de la Foi. Quelles limites rencontrait un Pape, quand il représentait la seule chose indubitable, universelle et infinie : Dieu ? Le vieux Gregorio avait souligné l'intelligence et la facilité d'apprentissage et de compréhension qui habitaient le jeune garçon. Il avait assuré à sa mère que diacre serait un poste tout à fait envisageable dans l'avenir pour un garçon doué de telles qualités. Et de diacre, n'y avait-il pas qu'un pas jusqu'à la gloire divine ?

Il se mit en route. D'un pas décidé et énergique, fort d'une carrure qui n'avait désormais plus rien à envier à celle de ses frères, il s'élança sur la route qui, passant par Florence, il le savait, le mènerait un jour jusqu'à Rome et Saint-Pierre.

~~~~~~~


« Matteo.... Mat... Matteo... »

Les soupirs agoniques se faisaient écho les uns aux autres, sans que la mort semble jamais daigner y mettre fin. Le jeune séminariste d'alors 21 ans referma sa Bible et vint à la rencontre du mourant.

« Je suis là.
J'ai... soif. »

Matteo se tourna vers la petite table, un des seuls meubles dans la petite chambre spartiate, sur laquelle il avait posé un peu plus tôt une cruche de terre cuite et un gobelet de la même facture. Il s'éloigna du lit duquel s'élevèrent à nouveau des râles insupportables. Ramenant les deux récipients auprès du malade, il remplit le gobelet modérément prévoyant l'inondation qui ne manqua pas de tremper les draps lorsque Giuliano voulut boire. Matteo sourit faiblement, en constatant la difficulté avec laquelle son ami et frère de séminaire prenait la moindre gorgée. Il avait beau porter le même prénom que son frère, il n'avait rien de la force qui caractérisait les fils du notable Giulio.

« Je vais mourir... ? »

Le jeune Napolitain resta un instant de marbre, les sourcils froncés, ne sachant trop si Giuliano lui posait réellement une question ou ne faisait que constater l'évidence. Le regard de l'agonisant, néanmoins, l'encouragea à lui répondre, car il semblait dans l'attente de quelques mots réconfortants.

« Le Seigneur te rappelle à lui, parce que tu es le meilleur d'entre nous, Giuliano.
Alors, j'aurais souhaité qu'il m'aime moins...
Ne dis pas ça ! Tu ne seras pas de cet avis quand les portes de son Royaume s'ouvriront pour toi.
Comment peux-tu savoir quelles portes s'ouvriront pour moi ?
Je le sais, parce que tu es un homme sain, Giuliano. »

Un sourire étira les lèvres desséchées et blanchâtres du jeune homme. Il aurait dû égayer ce visage contorsionné par la souffrance, mais à l'inverse, il lui prêtait des traits monstrueux, se muant en un rictus douloureux. Matteo lui sourit en retour. Il le vit prendre une inspiration sifflante pour répondre.

« Tu me retrouveras là... bas... Hein, dis-moi, tu... »

Ses mots restèrent en suspens, se transformant en ses dernières paroles. La mort l'avait cueilli alors même qu'il aurait souhaité parler, l'interrompant et le figeant dans cette expression étrange : ses yeux écarquillés fixaient Matteo, sa bouche entrouverte laissait s'échapper son dernier souffle. Son ami à son chevet sentit ses épaules se relâcher doucement. Un soupir de soulagement franchit enfin ses lèvres et il se leva pour rejoindre la fenêtre, transportant dans ses mains la cruche et le gobelet. Ouvrant le panneau pour respirer à nouveau l'air frais du matin, il jeta un dernier regard en arrière. Un dernier regard à celui qui l'avait accompagné durant ses années de séminaire à Florence. A celui qui s'apprêtait encore, quelques mois plus tôt, à partir pour Rome servir à Saint-Pierre. A sa place. Alors, il lui adressa la réponse que le mort ne pourrait jamais connaître.

« Je doute que tu veuilles encore me voir là-bas, Giuliano. »

Capturant une dernière fois l'image de l'agonie éteinte, il tendit les bras au-dehors, vidant consciencieusement les contenus des deux récipients dans l'herbe du jardin. La terre but l'eau et son poison, ne laissant plus, derrière Matteo, que le corps torturé de son jeune rival. « Ami » serait insultant, compte tenu du fait qu'il venait tout juste de le tuer.

Cela faisait des mois que Matteo écrasait avec application le moindre pépin de pomme, le moindre noyau d'abricot, la moindre amande pour en récupérer le nectar mortel. Depuis l'annonce du départ de Giuliano pour Rome, en réalité. Petite dose par petite dose, il avait alors assaisonné tous ses plats en secret avec ce qu'il récupérait de sa petite cuisine. Le cyanure s'était insinué en sa victime sans que jamais ce dernier ne soupçonne la malveillance dont il faisait l'objet.

Avant de quitter la pièce, Matteo remonta le drap tel un linceul sur le visage du mort, après avoir tenté sans succès de lui fermer les yeux. Il n'y avait qu'une place à Rome. Et Giuliano ne pouvait plus y prétendre désormais. Il ne restait que lui.

~~~~~~~


Chaque mouvement, même le plus insignifiant, lui arrachait un cri étouffé. Il lui semblait que son corps entier brûlait déjà dans les flammes de l'Enfer ; son cœur lui semblait exploser à chaque battement. La fièvre ne lui laissait prendre aucun repos, il avait longuement déliré la nuit précédente. Désormais, il était calme et n'attendait que la fin.

La route pour Rome avait commencé plusieurs semaines après qu'il fût enfin décidé que Matteo remplacerait Giuliano. Il avait habilement dissimulé son bonheur à cette annonce sous une tristesse feinte, mimant le deuil quand il aurait voulu laisser libre cours à sa joie. Entre temps, une triste nouvelle avait assombri l'avenir pourtant de plus en plus prometteur qu'il se réservait. Piero était mort, tué au cours d'un combat à l'épée ; un simple entraînement, disait-on. Son frère n'était plus avant même d'avoir pu devenir un héros. Son cher frère, qu'il espérait maintenant rejoindre, quand la fièvre le laissait lucide. Pendant ses délires, il ne se souvenait pas même qu'il avait eu une mère ou un père.

Le médecin dépêché à l'auberge était parti plusieurs heures et ne semblait pas décidé à revenir soulager le jeune prêtre. Seul dans une chambre exiguë et sale, il s'évanouissait puis reprenait connaissance, sans jamais savoir combien de temps s'était écoulé. Depuis quand était-il sur ce lit ? Les draps trempés depuis ce qui lui semblait une éternité ne lui donnaient pas le moindre indice, et personne n'était jamais monté les changer. Ses accès de délire le poussaient à hurler insanités et prières, toutes mêlées, lui qui n'avait jamais été très fervent malgré ses études et sa position dans l’Église. A l'approche de la Grande Faucheuse, le voilà qui suppliait Dieu de lui pardonner ses péchés, quand il n'avait jamais eu le moindre remords de son vivant : ni au moment de donner à boire à Giuliano sa dernière dose de cyanure, ni quand il lui avait fait croire à son amitié jusqu'aux frontières de la mort. Ni quand il avait dépassé les limites, en de nombreuses occasions : mensonges,  tricheries, vol, délation... Tous ces comportements qui s'étaient vu supplantés dans un final magistral par le meurtre.

Il s'entendait agoniser comme il avait entendu Giuliano sans que cela ne lui arrache un soupçon de regret. Mais personne n'était là pour lui faire croire qu'il n'était pas seul. Sur sa table de chevet reposait un vase dont les pivoines commençaient lentement à faner. Il les fixa, seuls êtres présents dans cette pièce où tout était mort – ou n'allait pas tarder à le devenir. Il revoyait la rivière où il s'était arrêté et avait rempli sa gourde. L'eau l'avait tué ; elle l'avait empoisonné comme il avait empoisonné un innocent étudiant. Un ami. A voir ces fleurs dans le soleil descendant, il voyait toute l'ironie de sa disparition, comme il voyait celle qui avait jalonné son existence entière.

Jouer les méchants contre un frère qu'il aimait profondément. Devenir Pape en servant le Diable plutôt que le Divin et sans jamais accomplir le moindre acte de Foi. Et maintenant, cette conclusion ?

Son regard eut le temps de capturer la vision d'un pétale se détachant de son socle végétal et planant  jusqu'à la surface de la table. Lorsqu'il toucha enfin le bois, Matteo di ser Giulio n'était plus.

~~~~~~~


Matteo di ser Giulio da Napoli, né à Naples en l'an 504, mort de dysenterie dans une auberge sur la route de Rome, en 526.

Je croyais que la longue agonie qui avait précédé mon décès serait l'expérience la plus terrible qu'il me serait donné d'expérimenter. Mais c'était loin de ce que l'Enfer a à offrir. Après la mort de Giuliano, je n'ai plus jamais pensé à rejoindre le Paradis. Je savais que je finirais en bas avec les meurtriers, à moins de m'asseoir sur le trône papal. Quoique, aujourd'hui plus que jamais, je pense qu'être Pape ne m'aurait pas sauvé des flammes infernales. J'aurais pu faire encore bien pire que tuer un simple petit moine ; j'aurais mérité une place de choix chez les damnés. J'ai toujours été prêt à tout pour obtenir ce que je veux.

Vingt années dans un espace sans limite, sans une âme qui me tiendrait compagnie. Maintenu par le métal chaud de lourdes chaînes qui me soulevaient du sol, tout ce que j'entendais, c'était les cris des malheureux souffrant la même torture que moi. Les démons que je voyais ne repartaient jamais sans m'infliger autant de souffrance qu'un homme ne pourra jamais endurer en une vie entière. Vingt années sans voir quoi que ce soit d'autre que les yeux noirs de mes malveillants voisins. Jusqu'à ce que ma palette ne gagne une nouvelle teinte...

Il se tenait devant moi lorsque j'émergeai d'un des nombreux cauchemars qui ponctuaient les rares moments où on me laissait en paix. Son regard était différent de ceux des sous-fifres envoyés pour me tirer des hurlements à n'en plus finir. Ses yeux comme des rubis me semblaient lire mon âme comme un livre, sans que je puisse m'y soustraire, mes chaînes solidement enroulées autour de mes bras et de mes jambes.

« Qui es-tu ? »

Je restai interdit. Ma voix était restée si longtemps réservée aux cris de douleur que je n'étais plus certain de savoir encore m'exprimer. J'hésitai, puis devant la patience de mon visiteur, finis par articuler.

« Matteo, fils de Giulio...
Je te demande qui tu es. »

Je me tus. Vingt ans de torture ne m'avaient pas laissé oublier mon nom, je savais que je ne me trompais pas, même si tout dans cet environnement infernal me faisait douter chaque jour de moi. J'essayai une autre réponse.

« Je suis un meurtrier. »

Je le vis sourire. Il se saisit d'une de mes chaînes et s'y accrocha pour se hisser à mon niveau.

« Tout comme moi. Tu as compris que les noms n'ont aucune importance ici. Nous faisons ce que nous sommes, gamin, et tu as fait de toi un tueur... Un prêtre, en plus. Je t'avoue que j'apprécie la plaisanterie. »

Je ne baissai pas les yeux devant son air moqueur. Qu'il rie de moi était ce que j'avais subi de plus supportable. Je le regardai donc faire, curieux de connaître l'identité de ce mystérieux visiteur.

« Je sais tout de toi. Tes petits travers comme tes plus grandes qualités ; tes plus émouvants souvenirs d'enfance comme ceux que tu as souhaité oublier... Et je suis venu avec une question. »

Un regain d'intérêt avait traversé mon regard. Je le sus lorsque je vis le sien luire plus encore devant ce qu'il prit pour de l'espoir. Mais de l'espoir, je n'en avais plus guère. Seulement celui de tromper l'ennui.

« Qui es-tu prêt à devenir, à présent ?
Je veux sortir de cette fosse.
Ça ne répond pas à ma question.
Je veux être... un démon ?
Tu ne veux pas être un démon, gamin. »

Décontenancé, je ne pus soutenir son regard plus longtemps et me mis à fixer le sol rougeoyant. Il connaissait tout de moi ; cela signifiait-il qu'il attendait une réponse en particulier ? Qu'était-il venu vérifier, après vingt ans ? Pensait-il me voir perdre l'esprit ?

Mais sa question résonnait à mes oreilles. Qui voulais-je devenir, maintenant que la vie m'avait fermé ses portes ? Qui étais-je avant cela ? J'avais fait du mal à des gens qui ne m'en voulaient pas, j'avais tué... pour servir mes ambitions. Je fermai les yeux, en repensant au visage comprimé de douleur de Giuliano. Je retins une larme en revoyant le regard protecteur de mon frère posé sur moi. Je n'avais pas été le héros qu'il voulait que je sois, je n'avais jamais été proche de le devenir. Je n'avais toujours su être que le méchant de l'histoire.

Le démon me fixait toujours et un sourire se dessinait désormais sur ses lèvres, leurs commissures s'écartant un peu plus à chaque instant.

« Qui es-tu ? »

Le méchant.

« Alors ?
Je suis... »
Le méchant, compléta la voix enjouée de mon frère, fier garçon de 11 ans armé de son épée en bois.
« … Xaphan. », murmurai-je enfin.

Je relevai les yeux pour me découvrir debout aux côtés du démon aux yeux rouges. Mes chaînes disparues, je ne sentais presque plus la moindre douleur et n'entendais plus les cris. Seulement son rire, son rire éclatant.

~~~~~~~


Le moine était loin derrière moi. Combien avais-je condamné de pauvres gens à une existence infinie, à brûler là où j'avais moi-même subi des sévices sans fin ? La torture des âmes pécheresses, d'abord, puis les contrats par centaines. Je me souvenais de la Terre telle que je l'avais redécouverte. Des décennies après que je l'eus quittée, je la retrouvais étrangement similaire et pourtant, légèrement différente que lorsque je la parcourais encore dans mon corps mortel. Mes frères et sœurs étaient morts depuis longtemps, peut-être les avais-je croisé en bas, peut-être étaient-ils dans un monde meilleur. J'étais devenu indifférent à leur sort ; même Piero, qui m'avait tant manqué, pouvait mourir encore dix fois que je n'eusse pas ressenti le moindre frisson d'humanité.

Alocer avait toutes les raisons d'être content de lui. Comme il l'avait pressenti le jour où il me délivra de mes chaînes, j'avais su me montrer un serviteur zélé. Il était devenu mon mentor comme jamais Dieu n'avait su le devenir lorsque j'étais entré dans les Ordres. Il n'avait sans doute pas voulu me traiter différemment, d'abord, mais il avait dû reconnaître que mon ascension ne saurait guère s'arrêter au simple Démon des Croisements, qui promet monts et merveilles à de stupides Humains. J'avais survécu aux Chasseurs, j'avais survécu à Lucifer et ses ordres sans fin. J'avais su me montrer aussi habile qu'Alocer l'avait espéré. Je m'étais épanoui là où tant d'autres s'atrophiaient lentement pour ne devenir que poussière et souffrance, j'avais triomphé là quand j'avais échoué à l'exercice de mon humanité. Je n'avais pas su vivre, mais je traversais les années, mort et éclatant de succès. Un Démon né.

Cette pensée me fit sourire et je ne parvins pas à refréner cet élan de joie. Ce bilan aurait dû m'être insupportable en tant qu'Humain, mais j'avais abandonné toute morale et toute bienveillance depuis longtemps, et réussir dans le Mal me fournissait autant de plaisir qu'après tout travail brillamment accompli. Las Vegas n'en était qu'un parmi d'autres. J'avais eu l'occasion de voler des milliers et des milliers d'âmes en 1500 ans d'exercice. Qu'est-ce que cette ville de joueurs compulsifs pourraient m'opposer de plus que la passive résistance de ceux qui aimeraient garder leur âme mais préfèrent encore empocher le million au casino le plus proche ?

A l'époque de mon arrivée à Vegas, je prenais la place d'anciens lieutenants du Malin ; peut-être s'y étaient-ils cassé les dents, mais je savais que je parviendrais à mes fins. J'avais asservi sans difficulté tous les monstres capables de m'apporter leur force, qu'ils le veuillent ou non. Aucune résistance digne d'être mentionnée ne m'avait été imposée. D'ailleurs, je ne devrais peut-être pas m'octroyer tout le crédit de cette réussite : mes hommes font de bons criminels et leur loyauté ne m'a jusqu'à présent jamais fait défaut. Aelis les dirige d'une main de maître et si je ne lui faisais pas confiance, alors je ne pourrais jamais me reposer sur personne. Simm est aujourd'hui un lointain souvenir et sa trahison ne m'a, Dieu merci – ou merci Satan –, jamais traumatisé au point de me laisser hébété et incapable d'agir. Au contraire, je ne me suis jamais autant appliquer à écraser la vermine qu'aujourd'hui.

Les Enfers veulent des âmes et je les leur fournis. Quand bien même il m'a été reproché d'avoir trop souvent agi en dépit de la discrétion imposée par mes souverains, je n'ai plus l'intention de me laisser duper, ni même que le respect durement gagné – par la violence et la terreur – que j'ai imposé des années plus tôt ne se tarisse. Chasseurs, Polymorphes, Maléficiens et Vampires rebelles ; tous autant qu'ils sont, s'il en est besoin, je les mettrai à mort. Je les jetterai au sol et les écraserai, comme autant de cafards. Grouillez dans vos égouts et dans vos riches appartements ; quoi que vous prépariez contre moi, dès que l'Enfer détournera son attention et quelles qu'en soient les conséquences, je vous exterminerai.


Pseudo : Sei/Seira
Âge : 22 ans

Comment avez-vous connu le forum : Je l'ai créé avec Cali et Zero
Votre avis : Rien n'est jamais parfait, mais pour l'instant, rien ne me choque !
Votre fréquence sur le forum : 6 ou 7 jours par semaine
Un ajout : Nope

Mot de passe : Validé ~

© A-Lice | Never-Utopia



Xaphan Blackwood / Matteo Rossi Matteo

Thx pour les cadeaux ~:
 
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1
Sauter vers: