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La Maison du Bonheur [Terminé]

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Ed Silver
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Lun 26 Juin 2017 - 17:18
Passer n'importe quelle porte était une épreuve. Le gros buffet passait tout juste à travers les encadrements, pour peu qu'on le tourne comme il faut. Autant dire que cela se jouait au millimètre près. Hors de question, bien sûr, de faire la moindre marque sur le bois ; c'était un meuble de famille. Cela me faisait surtout râler : s'il était aussi précieux, on nous aurait laissé des couvertures pour le protéger. A la place, il nous fallait plaquer nos propres vestes et chemises contre la surface vernis pour la préserver de tout contact nocif. Jimmy était étonnamment concentré ; il s'était pas mal désintoxiqué depuis l'inauguration, comme s'il avait fallu que je manque de peu la mort et qu'un Général infernal m'ait dans le nez pour le convaincre de mettre un frein à la boisson. Il prenait sa tâche extrêmement à cœur et quelque chose me disait que les recommandations nombreuses d'Heather et d'Amber n'y étaient pas pour rien.

« Eddy, t'es trop à droite, tu vas le racler ! »

La voix bourrue de mon père interrompait régulièrement notre progression. Perché sur sa vieille béquille, sa prothèse mal entretenue grinçant à chacun de ses pas, il nous suivait en parfait inspecteur des travaux. Il fallait lui reconnaître une chose : il avait le compas dans l’œil. En terme de convivialité, en revanche, c'était loin d'être ça.

« C'est bon, là ? », dis-je en obéissant.

Le meuble commençait à peser lourd, il était difficile d'être à la fois puissant et précis.

« Ouais, ça va le faire », grogna-t-il après un temps de réflexion.

Nous parvînmes à nous glisser dans l'ascenseur, qui nous emmena jusqu'au garage en sous-sol. De là, le gros pick-up de Jimmy nous attendait, avec tout ce qu'il nous faudrait pour bien fixer le meuble. C'était le dernier d'une longue série. Après cela, je rendais enfin les clés à Amber, qui s'occupait elle-même de refourguer le vieil appartement d'Heather. Elle avait été d'une grande aide dans nos recherches et toute la gestion du déménagement. Quant à moi, j'avais assuré la main d’œuvre, en recrutant deux des déménageurs les plus improbables. Après m'avoir posé un lapin à Neo Bran, Jimmy s'était largement fait pardonner. Il ne semblait pas s'inquiéter de mon statut d'homme recherché par les forces les plus ténébreuses de la ville. Cela ne m'étonnait pas, bien que j'eusse préféré qu'il se montrât plus prudent.

Quant à Papa, il avait débarqué rapidement après mon coup de téléphone. J'avais longuement hésité à lui parler du complexe et de la liste d'Alocer, jugeant qu'il réagirait certainement de manière irrationnelle lui aussi. Tel père, tel fils... Et comme prévu, il s'était présenté à Ian le lendemain même de notre conversation. Je ne savais pas ce qui l'avait poussé à quitter sa retraite et sa vieille cabane poussiéreuse : la promesse d'action ou la crainte qu'il ne m'arrive quelque chose. Après des années d'inactivité et de bières quotidiennes, il avait pris du ventre, mais pas autant que je l'avais imaginé. Il avait même perdu depuis le dernier Noël que j'avais passé avec lui. Sa prothèse semblait grippée, comme s'il l'avait laissée rouiller dans un coin pendant toutes ces années. Son visage ridé et pâle portait encore les vestiges d'une certaine beauté ; ses cheveux étaient désormais blancs comme la neige et ses yeux du même bleu que les miens – cependant bien plus en amandes, comme ceux de ma mère. Nous faisions la même taille, mais il s'était légèrement tassé à cause de sa jambe et du temps passé assis dans son rocking-chair. Ses épaules étaient de la même largeur que les miennes.

Il avait choisi un accoutrement peu adapté au programme de la journée : pantalon sombre, chemise bien repassé, à carreaux, chaussures de ville... Il ne comptait visiblement pas porter les meubles. Personne à part moi n'aurait pas pensé à lui demander une telle chose, rapport à sa jambe, parce que personne d'autre ne savait qu'il arrivait très bien à se déplacer sans la béquille.

Sans son aide, donc, Jimmy et moi montâmes le buffet dans la remorque du pick-up et l'attachèrent en suivant les instructions de mon père. Par-ci par-là, un juron se perdait dans ses ordres et il oubliait systématiquement les formules de politesse. En présence d'Heather qu'il avait vu déjà à deux reprises – il avait pris une chambre dans un hôtel miteux en ville et comptait sur les autres Chasseurs pour le transporter dans leurs véhicules personnels – il était resté l'homme bourru qu'il avait toujours été, mais ne faisait jamais preuve de vulgarité. Je lui étais reconnaissant de cet effort. En revanche, je ne pouvais attendre de lui qu'il fasse preuve d'autant de retenue en notre seule compagnie.

« Une bonne chose de faite... », soupira Jimmy en se mettant le volant.

« Attends de le décharger... », répondis-je avec la même lassitude.

« Bon, les princesses, on démarre ou on campe ? » intervint Papa.

« Haha, désolé Harry, on y va », rit Jimmy. Je jetai quant à moi un regard amusé à mon père.

C'était comme revivre un bout d'enfance. Le pick-up démarra et sortit lentement du labyrinthe de places réservées. Il fila ensuite dans les rues, ralentissant prudemment dans les virages, en direction de la périphérie.

A cause de la mauvaise circulation, il nous fallut une bonne heure pour rallier la maison, où nous attendait Heather. Son ventre désormais plus gros qu'une pastèque, elle n'avait pas presque pas participé au déménagement. Ses parents et moi avions fait front tous les trois pour l'obliger à se ménager. C'était bien la première fois que son père et moi étions sur la même longueur d'onde. Le mien, lui, ne voyait pas où était le problème... Mais il aimait bien Heather, alors il n'avait pas trop insisté. D'ailleurs, à peine la voiture s'arrêta-t-elle devant la porte du garage, que le vieil Harry me poussa pour descendre après moi. Je m'exécutai ; ce buffet n'allait-il pas se descendre tout seul, de toute manière. Papa fit rapidement le tour du pick-up pour rejoindre la porte d'entrée et y sonner.

« Bah quoi ? », grogna-t-il en interceptant mon regard moqueur. « Faut bien prévenir la petite qu'on est arrivés. »

« Oui, bien sûr... Fais attention que « la petite » ne te roule pas dessus, en se dépêchant », répondis-je avec un sourire.

Jimmy me donna un petit coup de poing dans le bras.

« Comment tu parles de ta femme ? Fais gaffe, elles sont vachement susceptibles quand elles sont enceintes ! »

« Parce que tu y connais quelque chose, aux femmes enceintes, hein, Jimmy ? », le taquinai-je en lui rendant son coup.

« Vous avez peut-être mieux à faire que ça, non ? »

Nous nous mîmes au travail en riant discrètement, tandis que Papa réarrangeait le col de sa chemise, en prévision du moment où Heather ouvrirait enfin la porte.


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Heather Isles
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Mar 27 Juin 2017 - 11:16


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
« Restez assises, je m'occupe de tout ! »

Et pourtant, je ne pus m'empêcher de regarder mon père en fronçant les sourcils, inquiète de le voir bouger dangereusement sur cet escabeau. Dans mes plus lointains souvenirs, je ne me souvenais pas avoir vu ne serait-ce qu'une fois mon père faire des travaux manuels. Nous avions toujours fait appel à des sociétés dès qu'il était question de bricolage, et voir mon père se démener autant pour la maison me surprenait. Même si honnêtement, j'avais une petite idée de ce soudain revirement de situation. Ma mère, comme à son habitude, avait tenu à nous donner un coup de main quand je lui avais parlé de la date du déménagement. Et lorsque nous eûmes abordé le sujet sur les personnes présentes, mon père n'avait pas tardé à intervenir pour me dire qu'il serait également de la partie, étrangement après que j'eus mentionnée que le père d'Edward venait nous donner un coup de main. Sacrée fierté, même si j'avais préféré ne pas recevoir son aide.

« Tu es sûre qu'il sait ce qu'il fait ? »

Yulia nous avait également rejoints, même si elle préférait plutôt encourager les hommes, et me surveiller par la même occasion, plutôt que de mettre la main à la pâte. Il fallait dire qu'avec sa tunique blanche et ses escarpins, elle avait choisi la bonne tenue pour travailler. De mon côté, je n'avais qu'une seule envie, c'était de me lever de ce canapé et de donner un coup de main à mon père. Mais j'imaginais déjà Edward débarquer et hurler dans la maison que j'étais inconsciente et que je devais me ménager. Je comprenais tout à fait son inquiétude, mes mouvements étaient de toute façon bien plus limités avec cette énorme pastèque que j'avais en guise de ventre. C'était totalement inhumain d'avoir un ventre de cette taille à quasiment sept mois de grossesse, mais le fait d'attendre des jumeaux défiait toutes les statistiques que je connaissais, et j'aurais dû m'attendre dans tous les cas à un changement bien plus important que prévu. Marcher devenait déjà de plus en plus difficile, j'avais tendance à m'essouffler bien trop vite, et généralement pour un rien. Et cela n'allait pas aller en s'arrangeant, malheureusement pour moi. La grossesse est une véritable épreuve, et j'avais hâte qu'elle prenne enfin fin !

Un nouveau pas hasardeux de mon père me fit fermer les yeux, de peur d'assister à un accident en direct. Aucun bruit n'attira mon attention et je découvris qu'il avait une nouvelle fois évité le pire. Je laissai échapper un soupir et fixai longuement Yulia du regard, jusqu'à secouer doucement la tête pour répondre enfin à sa question. Elle se mit à hausser les épaules et fixa une nouvelle fois mon père avant de continuer.

« Je te parie cinq dollars que ses pieds ne seront pas les premiers à atteindre le sol.
- Yulia !
- Désolée ma belle, mais tu dois bien avouer que le voir tanguer de cette manière n'est pas rassurant. »

Elle n'avait pas tort, mon père bougeait bien trop sur cette petite surface et l'escabeau faisait régulièrement des mouvements qui ne nous rassuraient pas. Ce n'était pas faute d'avoir demandé à mon père de descendre et d'attendre l'arrivée d'Ed. Mais bien sûr, cela l'avait poussé à mettre plus de cœur à l'ouvrage puisque sa fierté était en jeu. Je ne comprenais pas pourquoi il se mettait autant de pression sur les épaules, et pourquoi il restait aussi borné d'ailleurs. Ce n'était pas un concours, et je n'avais aucune envie d'appeler une ambulance parce que mon père s'était mordu les doigts en tentant de prouver quelque chose. Si maman était là, elle n'aurait pas tardé à le gronder et à le remettre à sa place. Même si l'envie de le faire était prenante, je préférai garder mon calme, histoire de ne pas envenimer la situation puisque nous avions tous les deux une tendance à se braquer ou à s’emporter facilement.

Et ce qui devait arriver arriva. Un nouveau mouvement brusque de la part de mon père, l'escabeau qui se mit à bouger dangereusement, et voilà qu'il perdit l'équilibre pour atterrir sur le sol. En soit, ce n'était pas si inquiétant que ça… Si l'escabeau n'avait pas été entraîné dans sa chute, tombant au passage sur mon père en lui laissant une belle plaie à la tête. Mon premier réflexe fut de me lever pour aller voir mon père, mais Yulia me prit de court et me stoppa dans ma démarche, parce qu'il fallait que je me ménage. Je la regardai longuement puis finis par me rasseoir sur le canapé tandis que mon père se débattait pour se redresser. Au moins, il avait l'air d'aller bien et était conscient, c'était le principal.

« Attendez monsieur Isles, je vais vous aider à vous relever. »

Une fois qu'elle était sûre que je ne bougerais pas, Yulia s'était approchée de mon père et l'aidait à se relever doucement tout en inspectant sa plaie. Vu la grimace sur son visage, je me doutais bien que ce ne fût pas beau à voir, et que sa blessure nécessitait sûrement des soins. Au moins, cela allait m'occuper un peu, je n'en pouvais plus de rester assise là à regarder tout le monde bouger autour de moi.

« Eh bien, vous ne vous êtes pas loupé !
- Il a de la chance que ce ne soit que superficiel, mais il faut tout de même désinfecter la plaie.
- Tout va bien, je n'ai pas le temps pour... »

J'avais instantanément fusillé mon père du regard, ce qui l'avait coupé net dans sa phrase. Le rire de Yulia raisonna dans la maison et elle posa sa main sur son épaule, l'incitant ainsi à l'écouter.

« Je vous conseille d'écouter votre fille monsieur Isles. S'il y a un sujet sur lequel elle ne rigole pas, c'est bien celui-là. » Elle me fit un petit signe de tête, puis détourna le regard. « Je vais chercher la trousse de secours. »

Mon père sut qu'il n'avait pas le choix et vint s'asseoir à mes côtés. Cela me permit de voir cette fameuse plaie qui, heureusement pour nous, n'était pas si profonde et ne nécessitait pas de points de suture. Maman aurait été folle d'apprendre qu'il avait fini à l'hôpital, mais elle finirait bien par se rendre compte de cette plaie, même si elle était tout de même bien dissimulée par ses cheveux. Yulia revint quelques secondes plus tard et me tendit la trousse de secours, elle n'avait pas encore été utilisée et tout le matériel nécessaire se trouvait à l'intérieur. J'aurais préféré l'utiliser dans d'autres circonstances, ou plutôt ne jamais l'utiliser tout court. Papa n'était pas un grand fan des soins depuis sa longue absence, et il se mit à grogner en me voyant sortir des lingettes et le désinfectant.

« Ne râle pas, tu n'avais pas besoin d'en faire autant, tu sais.
- Je ne compte pas me défiler quand ma fille a besoin de moi. Le bricolage est à la portée de tout le monde.
- Tu nous as déjà beaucoup aidés avec maman. Et tout le monde n'est pas doué au bricolage. »

J'aurais dû me taire, car ma réponse braqua instantanément mon père. Touché dans son ego hein, et je lui aurais sûrement répondu avec délicatesse si une mélodie n'avait pas retenti dans la maison. Quelqu'un se trouvait devant la porte, et Yulia profita bien sûr de l'occasion.

« Je vous laisse entre vous deux, je vais ouvrir la porte. »

Je n'eus même pas le temps d'en placer une qu'elle avait déjà disparu, et le bruit de la clé qui suivit m'indiqua qu'elle n'avait pas perdu de temps pour ouvrir la porte. Je laissai échapper un soupir puis posai mes yeux sur mon père. Il était temps de soigner monsieur Calimero, et même s'il n'en était pas ravi, il finit par baisser la tête, me facilitant ainsi la tâche pour nettoyer sa plaie.

« Attention, ça risque de piquer. »

Yulia n'avait pas perdu de temps de son côté pour ouvrir la porte. Comme elle le pensait, les hommes étaient de retour et ses yeux n'avaient pas mis longtemps pour les observer un par un, ou l'expression exacte serait "dévorer du regard". Un rire s'échappa de ses lèvres, puis après s’être retournée pour voir si nous étions attentifs, elle prit un ton plus pour s'assurer que ni mon père ni moi n’entendîmes quelque chose.

« Vous tombez à pic, l'ambiance est un peu électrique à l'intérieur ~ »

Elle haussa les épaules puis recula de quelques pas pour maintenir la porte grande ouverte, afin de permettre aux hommes d'entrer dans la maison. Et pile à ce moment-là, mon père laissa échapper un long grognement ; la solution désinfectante semblait faire effet, il était loin d’être ravi et il ne se gênait même pas pour le montrer.
© Ehawee | Never Utopia


Heather Isles
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Ed Silver
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Mer 28 Juin 2017 - 12:35
Harry chassa du bout de sa béquille une de ces grosses mouches vert luisant, juste avant que la porte ne s'ouvre sur une jeune femme, qui n'était pas Heather. Son air perplexe ne dut pas passer inaperçu, mais aux dires de la jeune personne, son arrivée relevait du soulagement. Il émit un sourire en coin, en répondant du même ton courtois qu'il utilisait avec sa future belle-fille. Du moins, ce qu'il imaginait courtois, car au fond, ce n'était jamais qu'une façon tout à fait normale de parler pour quelqu'un doté d'un minimum de manières. Quand on connaissait bien le vieux Chasseur, en revanche, on pouvait se dire qu'il rassemblait beaucoup d'efforts pour paraître si sympathique.

« Ah oui ? », dit-il en s'adressant à la jeune femme dans l'encadrement, son regard se portant par-delà son épaule pour observer le salon plus loin.

Il s'avança pour entrer et rejoignit les autres, en boitant juste assez sur sa jambe de bois pour que tout le monde se rappelle qu'elle était là. Il n'aimait pas qu'on oublie ses sacrifices pour la nation – il aimait raconter à tous qu'il avait perdu sa jambe dans une attaque en défendant la patrie, ce qui au fond n'était pas totalement faux. Son regard bleu outremer se posa sur Heather, qu'il salua d'un hochement de tête convivial, avant de se focaliser plus avant sur Isles, dont le visage exprimait tout son mécontentement.

« Vous en faites une tête ! », constata-t-il d'un air faussement inquiet. Il se pencha pour mieux voir et aperçut la plaie en haut de son front. « Bah alors, qu'est-ce qui vous est arrivé, mon vieux ? »

Parfaitement conscient que tant de familiarité ne ferait qu'exacerber l'agacement de Isles, il s'en donnait à cœur joie. Il n'aimait pas beaucoup les avocats ; c'était des parasites, qui défendaient des coupables au mépris des vrais bons citoyens. Ses yeux firent très vite le tour de la pièce et repérèrent instantanément l'anomalie. L'escabeau en plein milieu en disait long ; l'ampoule à demi arrachée du plafond aussi. Le sourire de Harry ne fit que s'agrandir, moqueur.

« Y avait quoi, là-haut ? Un grizzly au moins ! »

Il secoua la tête et s'approcha de l'escabeau. Y appuyant sa béquille – dont il savait comme son fils qu'il n'en avait besoin que pour éveiller la pitié chez les autres – il ramassa le tournevis et la pince laissés là par Richard et se mit à monter lentement les trois marches, testant son équilibre à chaque pas, tout en marmonnant :

« Quand on y connaît rien, on fait pas... »

C'est à ce moment précis que j'entrai. Depuis la porte, on ne voyait pas l'escabeau et encore moins mon père dessus. Je dus m'avancer pratiquement jusqu'à eux, avec mon grand sourire et ma question :

« Hey, tout le monde ! Heather, où est-ce que tu veux mettre le buf... Papa ! Mais qu'est-ce que tu fous là-haut ? »

Gêné par mon propre élan de grossièreté, mineur mais toujours risqué devant Richard, je jetai un regard d'excuse vers Heather et son père. Le mien, lui, ne semblait pas atteint par l'absurdité de la situation.

« Je cueille des cerises ! Ça se voit pas, ce que je fais ? »

« Mais tu vas te briser le cou ! Descends tout de suite ! »

« Le jour où je te laisserai me donner des ordres, il pleuvra une sacrée variété de bestioles ! » Tout en me grognant dessus, il tripotait les fils sous mon regard incrédule. « Je sais très bien ce que je fais, figure-toi ! Réparer, ça me connaît ! C'est pas l’État qui m'aide à payer l'électricien ou le plombier. Et si je devais attendre que tu te pointes pour faire mes menus travaux, je vivrais dans le noir toute l'année ! »

Nouveau regard embarrassé aux Isles.

« Papa... Sois raisonnable... »

« Tu me parles d'être raisonnable ? Je suis pas encore tombé, moi ! Richard, lui, par contre, il sait ce que ça fait, hein, mon vieux ! »

Le gros rire de mon père résonna dans le salon et je jetai un regard presque horrifié à Richard.

« Oh, vous vous êtes fait mal ? Il faut appeler une ambulance ou... »

Mon regard, lui, implorait Heather de venir à mon secours. Je ne savais pas lire les expressions de son père, mais la veine qui battait à sa tempe n'annonçait rien de bon.

« Bon, ce buffet, on en fait quoi ? », nous interpella Jimmy qui venait juste de nous rejoindre avec Yulia.

Je me tournai vers lui, en lui faisant les gros yeux, signe qu'il connaissait bien.

« Oh... Heu... Vous savez quoi, je vais vous attendre dehors... Avec... Le buffet. Prenez votre temps, hein ! » Il tourna les talons, probablement soulagé.


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Heather Isles
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Jeu 29 Juin 2017 - 13:17


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
Un bruit particulier se fit de plus en plus entendre, et je n'eus aucun de mal à le reconnaître. Il m'avait suffi de tourner la tête pour croiser le regard du père d'Ed, et je le saluai à mon tour d'un petit hochement de tête. Mon père, bien sûr, garda le silence et ne daigna même pas tourner une seule seconde la tête. Pour une raison que j'ignorais, il me donnait l'impression de ne pas apprécier Harry plus que cela, alors qu'ils ne se connaissaient pas du tout. Enfin, cela ne me surprenait pas forcément puisque mon père a un caractère très spécial et que seules les personnes croyantes et pratiquantes se trouvaient très hautes dans son estime. Si vous avez le malheur de n'être qu'une simple personne sans intérêt, il vous prend de haut, mais est capable de vous faire un exposé complet d'un passage de la bible si vous vous montrez intéressé. J'avais eu le droit à beaucoup de remontrances puisque je m'étais, selon lui, détournée du droit chemin, mais ma mère l'avait rapidement poussé à accepter tout cela. Enfin, jusqu'au moment où je lui avais présenté mon copain -alors qu'il n'aime pas tout ce qui se rapproche des forces de l'ordre puisqu'il les juge responsables de ces années d'absence-, ou encore le fait que j'étais enceinte sans même être passée par la case mariage. Ce qui m'attristait le plus, c'était que j'avais l'impression qu'il rejetait toute cette frustration sur Ed. Et maintenant que son père était là, il avait trouvé un autre bouc-émissaire et tentait par tous les moyens de ne pas se faire remplacer.

Malheureusement pour moi, papa et Harry ne semblaient pas s'entendre du tout, et l'intervention de ce dernier n'arrangeait pas la situation. Je restai muette et regardai mon beau-père avec interrogation, et j'eus l'impression de me décomposer au fur et à mesure de ses remarques. Mon père, quant à lui, semblait fumer de la tête et je le sentais bouillonner de rage. Je reportai mon attention sur lui et murmurai quelques mots, tout en espérant le convaincre de ne pas s'emporter pour si peu.

« Reste calme s'il te plait. »

Il se contenta simplement de grogner avant de se remettre à bouder. Ce n'était pas plus mal pour le moment et je préférais cette situation plutôt que d'assister à une véritable guérilla entre les grands-pères de mes enfants. Même si au fond, je me doutais que ce n'était que le calme avant la tempête, et que le pire restait à venir… Ou pas puisqu'Ed arriva enfin à ma rescousse. En entendant sa voix, je stoppai instantanément les soins sur mon père pour l'observer. Un sourire s'afficha sur mes lèvres tandis que je laissai échapper un soupir de soulagement. Et pourtant, j'étais loin de me douter que son arrivée n'allait pas arranger notre cas à tous les deux.

C'était un véritable spectacle entre un père et son fils. Et tandis que je pensais qu'on ne pouvait pas tomber plus bas, il fallut que mon beau-père fît un nouveau reproche à mon père pour que ce dernier se retourne brusquement. Et malgré l'intervention d'Ed, qui tomba dans l'oreille d'un sourd, papa ne se gêna pas pour répondre cette fois-ci. C'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase, et il ne comptait pas se laisser faire sous les yeux d'Ed et moi. A moins que ce ne soit encore une question de fierté ?

« C'est sûr qu'en bougeant le petit doigt qu'à la fin, on prend pas le risque de se blesser. »

Je restai immobile et fermai les yeux. Cette scène entre nos deux parents était totalement ridicule, même si mon père était principalement le fautif puisqu'il ne faisait aucun effort à partir du moment où il n'aimait pas la personne. Et puisqu'il n'avait toujours pas accepté Edward, c'était tout naturel de mettre son père dans le même sac. Malheureusement pour lui, si l'un faisait tout de même des efforts pour moi, le second s'en donnait à cœur joie pour dire ce qu'il lui passait par la tête. J'aurais bien aimé que maman soit là, ce qui aurait forcé papa à garder son calme devant ma belle-famille, et elle ne l'aurait pas laissé monter sur cet escabeau accessoirement. Mais nous devions faire sans sa présence, et autant dire qu'Ed et moi n'étions pas au bout de nos surprises.

La voix de Jimmy me fit rouvrir les yeux. Il avait fini par nous rejoindre avec Yulia, jusqu'à comprendre qu'ils arrivaient vraiment au mauvais moment. Le premier ne mit pas longtemps pour faire demi-tour, et je fus même surprise de voir que la seconde était encore dans la maison. Mais vu la façon dont elle le voyait s'éloigner, puis son regard quand elle survola l'assemblée, je compris qu'il ne s'agissait que d'une question de seconde avant qu'elle ne prît à son tour la poudre d'escampette.

« Je vais le rejoindre. Il faut bien que quelqu'un le surveille, on sait jamais avec cette chaleur. » dit-elle avec un grand sourire avant de tourner les talons à son tour, me laissant ainsi seule avec mon père, mon beau-père et Edward.

Je la regardai disparaître à son tour avant de poser mes yeux sur Ed. L'expression sur nos visages voulait tout dire, cette situation nous embarrassait grandement et c'était un miracle que je n'eus pas encore mis mon grain de sel dans la conversation. Comme Ed faisait des efforts vis-à-vis de mon père, je me sentais obligée de faire de même avec le sien, même si l'envie de recadrer un peu nos deux paternels me démangeait. Et dire que ce n'était que le début, qu'ils allaient se voir encore et encore puisque leurs enfants respectifs étaient ensemble, et le fait d'avoir des petits-enfants n'allait sûrement pas les adoucir. A moins que j'étais trop défaitiste et qu'un miracle allait finir par arriver.

Un mouvement anormal me fit réagir et me poussa à tourner la tête vers mon père. Il s'agitait pour un rien et m'empêchait de le soigner convenablement. Je l'appelai une première fois, pour l'inciter à se calmer, mais cela eut plutôt le don de l'agacer davantage puisqu'il se leva comme si une mouche l'avait piqué.

« Je n'ai pas besoin de soins. » Il ne prit même pas la peine de me regarder et pointa du doigt Ed avant de reprendre. « Et il est hors de question d'appeler une ambulance pour m'envoyer encore chez ces incapables. »

Bien sûr, les médecins étaient des incapables car ils avaient mis une paire d'années pour le ramener dans le monde des vivants, du moins c'était la version officielle. Si seulement il savait qu'Ed avait sacrifié son âme pour le ramener… Mais je savais qu'il ne risquait pas de réagir de la meilleure des façons, et qu'il n'hésiterait pas à s'immiscer encore plus dans nos affaires s'il apprenait que mon beau-père et mon copain étaient tous deux des chasseurs. Déjà qu'il n'était pas plus rassuré que cela en apprenant le métier d'Ed, mais je l'imaginais déjà en train de hurler à tue-tête en apprenant que je m'engageais sur un chemin dangereux en partageant ma vie avec lui, et que nous entraînions par la même occasion nos enfants sur ce même chemin. De mon côté, je ne regrettais rien et j'étais heureuse de vivre tout ceci avec l'homme que j'aime. Tout était parfait pour moi, et il ne manquait plus que l'approbation de mon père pour que ce le fut encore plus.

Mais en répondant de la sorte, il ne se rendait pas compte qu'il s'en prenait également à moi-même. Je faisais partie de ces incapables, et je n'avais jamais réussi à trouver un remède ou quoi que ce soit d'autre pour l'aider. Ce n'était pas des recherches faciles et j'avais vu des dizaines de médecins se pencher sur son cas. Personne ne le voyait se réveiller, pas même moi, et il serait toujours dans le coma si le surnaturel n'était pas intervenu dans cette histoire. Je n'osais plus regarder Ed et Harry, légèrement honteuse de l'attitude de mon père, et le malaise s'installait bien trop vite à mon goût, que ce soit entre nous tous ou tout simplement moi. Comme quoi un rien me mettait dans des états pas possible…

« Papa, s'il te...
- J'vais aider dehors, ce buffet va pas venir tout seul ! »

Il ne me laissa même pas terminer ma phrase et s'empressa de quitter la maison, soi-disant pour donner un coup de main avec le buffet. Je ne savais pas si c'était vrai ou s'il se contentait de déchaîner sa colère à l'extérieur, mais le mal était fait de toute façon. Et après ça, on me demandait de me ménager… Ce n'était pas ça au niveau sensations fortes et émotions en tout cas. Mon regard s'était posé sur la porte jusqu'au moment où la silhouette de mon père disparut, jusqu'à se poser difficilement sur mon beau-père, puis sur Edward. Je me mis à hocher doucement la tête, puis détournai une nouvelle fois le regard.

« Il y a des jours… Où je me demande si dire toute la vérité ne rendrait pas les choses plus faciles… »

Même si je savais que ce ne serait pas le cas, mais je ne pouvais pas m'empêcher de le dire tout haut, parce que cela faisait depuis un moment que j'y songeais. Mon père ne s'en rendait pas compte, mais le voir s'agiter de cette manière alors qu'Ed faisait toujours des efforts de son côté m'agaçait de plus en plus. Et c'était une situation que je commençais difficilement à supporter. Alors avec le spectacle qu'ils venaient de me livrer à l'instant, autant dire que mes nerfs étaient mis à rude épreuve. Un long soupir s'échappa de mes lèvres puis je baissai la tête. Heureusement que j'étais toujours assise dans ce canapé, cela m'évitait de tomber de haut.

« Désolée. »

Je portai mes mains à mon visage et commençai à me frotter les yeux, comme si je souhaitais me réveiller d'un mini-cauchemar. Et pourtant, la journée avait bien commencé, c'était censé être un nouveau départ pour Ed et moi, pour la famille que nous envisagions de construire. Mais voir que cette confrontation n'était que la première, et que cela ne risquait pas d'aller en s'arrangeant, me faisait peur. J'étais persuadée qu'ils arriveraient à bien s'entendre, s'ils faisaient chacun un effort de leur côté. Mais à l'heure actuelle, je ne me sentais juste pas capable de faire un quelconque commentaire.
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Ed Silver
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Lun 3 Juil 2017 - 14:35
J'eus envie de me prendre la tête dans mes mains, de me boucher les oreilles ou de partir en courant. La situation ne pouvait pas être pire, du moins, c'est ce que je croyais. En entendant le père d'Heather, je compris que les remarques de mon père l'avaient blessé, alors que ce dernier n'était même pas en train de le critiquer. Sa façon de plaisanter, cependant, pouvait paraître inadéquate à bien des personnes et il n'y avait guère que Jimmy et moi pour comprendre que, pour l'instant, nous avions sous les yeux la version polie de Harry Silver. Et cette version commençait à s'estomper au profit du vieux Chasseur grognon, qui n'appréciait pas trop les interventions de l'avocat. Seule l'intervention rapide de Jimmy et Yulia retarda de peu la prochaine attaque, qui arriva à peine quelques secondes après que cette dernière ait à son tour tourner les talons.

« Qu'est-ce que je suis en train de faire, là, mon vieux ? Je répare vos conneries... Et Dieu sait qu'il y a du boulot. »

Je n'attendis pas que Richard lui cloue le bec pour le faire moi-même. Heather m'adressait un regard parfaitement clair et je ne demandais que ça, trouver une solution pour ramener la paix dans notre ménage. Mais comme elle, j'étais totalement démuni face à la fureur qui grandissait entre nos deux pères. La seule chose que je pensais pouvoir faire, c'était gérer le mien et je ne pouvais guère que laisser Richard aux mains de sa fille. Il ne m'aimait pas, je le savais bien, alors que pouvais-je dire qu'il prendrait au sérieux ?

« Papa, ça suffit maintenant ! » Pour la première fois depuis son arrivée à Vegas, j'oubliai mes vœux de patience, ma voix portant clairement les stigmates de l'agacement. « Si tu veux jouer aux électriciens, fais-le dans le silence, laisse-nous tranquilles. »

J'avais dit nous pour ne pas dire Isles... Car quelque chose me disait que ce dernier n'apprécierait pas que je prenne sa défense. Il l'aurait sans doute vécu comme une insulte, il aurait pensé que j'avais pitié de lui ou quelque chose comme ça. Mon père grogna et s'apprêtait sûrement à répondre, mais Richard le prit de court en m'invectivant directement. Je ne pus cacher ma surprise. Qu'il n'ait plus confiance en les médecins et les hôpitaux, je pouvais le comprendre. Cependant, s'il s'était fait mal à la tête, il faudrait dans tous les cas qu'il fût soigné. Et surtout, pourquoi me montrer du doigt ? Ce n'était pas ma faute s'il était tombé et même s'il aurait adoré ça, son accident avec le poison et le long coma qui avait suivi n'étaient pas non plus de mon fait. C'était même grâce à moi qu'il s'était réveillé.

Cela, bien sûr, je ne pouvais pas lui balancer à la figure, mais j'en rêvais. Et mon père le savait. Son regard quand je le croisai était transparent. Quand nous nous étions parlé, je lui avais tout raconté : la mort d'Heather, le contrat et tous ses détails, l'inauguration... Il était au courant de tout. Et une peur me saisit, lorsque je songeai que peut-être lui aussi avait envie de dire la vérité à Richard, juste pour lui clouer le bec. Heureusement, il n'en fit rien et continua de triturer les fils électriques au-dessus de sa tête, en silence. Cela ne lui ressemblait pas ; sentait-il qu'il était allé trop loin, cette fois ? Je savais qu'il appréciait Heather et même s'il n'avait pas toujours été un père modèle, il s'inquiétait de mon avenir et de mon bonheur. Pour cela, il semblait faire un effort. Une vague de reconnaissance me submergea... Mais il était déjà trop tard. Le mal était fait.

Richard annonça qu'il allait s'occuper du buffet. Alors que j'étais moi-même entré pour me renseigner sur la destination du meuble, je ne le suivis pas. Heather avait l'air d'avoir encaissé le coup, mais non sans mal. L'atmosphère devenait délétère pour elle et les enfants, à tel point que j'hésitais à nous débarrasser de nos pères respectifs. Ce serait peut-être mieux pour tout le monde si chacun rentrait chez soi et gardait ses distances. Mais je ne pouvais pas me résoudre à en faire autant, car la punition me paraissait trop dure par rapport à leurs crimes. S'ils se comportaient de la sorte, c'était aussi parce qu'ils se sentaient extrêmement concernés par notre bien-être et celui de leurs petits-enfants. Dans ce cas, que devrions-nous faire, car vivre parmi les disputes constantes n'étaient pas envisageable, surtout avec le terme qui s'annonçait.

Je rejoignis Heather sur le canapé et passai un bras autour de ses épaules. J'allais la réconforter. Je n'aimais pas la voir comme ça et j'étais en colère contre Richard et Harry et leur petit jeu stupide. J'étais persuadé qu'ils ne faisaient pas suffisamment d'efforts et même qu'ils s'amusaient, d'une certaine façon, à se chercher comme ils le faisaient. Mon père me prit de court.

« Ces saloperies de monstres ne rendent jamais les choses plus faciles. Si ton père a la chance de pas être de ce monde-là, laisse-le où il est. »

Ses paroles avaient presque quelque chose d'amical pour Richard. Cela m'étonna de la part de mon père. Est-ce qu'au fond, il ne détestait pas l'avocat autant qu'il voulait bien le laisser penser ? Ou alors, avait-il simplement cette pensée pour tous ceux qui avaient la chance de ne pas connaître la vérité sur notre monde ?

« Tu n'as pas à t'excuser, c'est normal », ajoutai-je, dans un registre plus tendre. « Je suis sûr que tout ça va s'arranger... Il va bien finir par s'habituer à... tout ça. Le fait qu'il soit venu aider au déménagement est la preuve qu'il essaie. »

J'y croyais, mais ce n'était pas vraiment suffisant. L'ambiance restait mauvaise, même si tout le monde essayait. Un grincement de l'escabeau me fit lever les yeux vers mon père. Il descendit avec une certaine agilité, malgré sa jambe et s'éloigna sans penser à prendre sa béquille. Ce détail me fit sourire, car c'était comme s'il oubliait le rôle du vétéran traumatisé qu'il s'octroyait d'habitude. Boitillant légèrement, mais pas plus qu'avec sa canne, il se dirigea vers la porte d'entrée, s'arrêtant sur le seuil. Souhaitait-il que nous entendîmes ce qu'il avait à dire ou évitait-il seulement les rayons brûlants du soleil ? Toujours est-il que depuis le canapé, nous pûmes entendre sa grosse voix, bizarrement radoucie comme s'il avait pris sur lui d'abandonner sa pugnacité habituelle au profit d'un ton plus diplomate.

« Richard, j'ai besoin de vous en bas... Vous pourriez venir, s'il vous plaît ? »

Tant que de politesse dans une phrase débitée par mon père... Je fronçai les sourcils, méfiant. Pendant que je me posais des questions, tout comme Heather sans doute, les deux hommes se dirigèrent vers la porte de la cave, tandis que mon père mentionnait le tableau électrique. Ils disparurent dans l'escalier, en bas duquel nous ne pouvions pas entendre leur conversation. S'il y en avait une. Je ne comprenais même pas pourquoi les deux hommes s'isolaient ainsi ensemble, au vu de leurs derniers échanges.

Pendant ce temps, dans l'escalier, Harry descendait prudemment les marches, sa prothèse claquant sur le bois des escaliers comme un métronome. Le bruit résonna différemment lorsqu'il posa le pied sur le carrelage en bas. Il alluma la lumière et se dirigea nonchalamment devant le tableau électrique qu'ils étaient censés regarder. Il ne l'ouvrit pas. A la place, il se tourna vers l'avocat.

« Je crois qu'il faut que nous ayons une petite discussion, seul à seul. Sans les enfants. » Sa voix n'était plus si bourrue, elle était même presque sympathique. « Vous et moi, on va être obligés de s'apprécier ou de se mettre d'accord sur des dates de visite. On peut pas continuer à s'engueuler devant les gosses, c'est pas sain pour une famille de faire ça. »

Il attendit que Richard donne son opinion. Le vieux Chasseur savait qu'il prenait un risque en entraînant Isles dans ce traquenard pour le forcer à parler avec lui. Mais le désespoir dans les yeux de sa belle-fille l'avait poussé à faire le premier pas. Il y avait eu aussi quelque chose d'indéfinissable dans le regard de son fils... C'était ce qui l'avait le plus inquiété, car il ne savait pas ce que c'était. En réalité, il avait peur de ce que ça pourrait être. De la colère. De la lassitude. De la déception ?


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Lun 3 Juil 2017 - 22:42


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
Je sentis rapidement une présence à mes côtés, et je n'eus pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir de qui il s'agissait. Cette étreinte si caractéristique ne pouvait qu'appartenir à Ed, et j'en eus la confirmation à peine mes yeux posés sur lui. Je le regardai avec un petit sourire aux lèvres, malgré cette situation catastrophique, puis vins poser ma tête contre la sienne. Dans ses bras, j'avais l'impression que tous mes malheurs disparaissaient pour laisser place au bonheur, et mes mains se posèrent instinctivement sur mon ventre rond. Je ne devais pas laisser ce genre de choses me perturber, car ce n'était pas bon pour nos enfants, et parce que je ne souhaitais pas les voir grandir dans ce genre d'environnement, avec mon père d'un côté et celui d'Ed de l'autre. Pour le moment, les jumeaux étaient toujours bien cachés sous mes vêtements, mais il faudrait tôt ou tard en discuter avec Edward, même si je savais qu'il était du même avis. Il était tout simplement hors de question de voir nos paternels se battre indéfiniment.

Je m'attendais à entendre Ed, mais ce fut la voix de son père qui s'imposa dans la pièce. Il ne faisait que confirmer mes doutes et je sus au fond qu'il avait raison. Edward avait tenté de me protéger de ce monde, mais j'avais été forcée d'y entrer, et je devais me montrer bien plus prudente entre son travail, les monstres, et plus récemment la menace d'Alocer. Je voyais déjà mon père crier au scandale, en demandant comment ils avaient pu m'embarquer dans un tel pétrin, ce qui ne les auraient faits que culpabiliser davantage. Vu la situation et vu l'amour que portait mon père à Ed, il était préférable de se taire, même si cela m'attristait. Je souhaitais vraiment lui parler de tout cela, pour lui permettre d'accepter son beau-fils, et lui faire comprendre que nous nous aimions réellement, puisqu'il me donnait l'impression qu'il en douta. Je fermai les yeux et répondis à son père d'une voix calme, tout en le remerciant pour l'effort qu'il venait de fournir.

« Je comprends, merci. »

J'avais vu ce que pouvait faire les démons, que ce fut à ce complexe ou à l'hôpital quand Ed et Kara avaient affronté Ross. Je lui en avais rapidement parlé après avoir quitté l'hôpital, mais ce genre d'événements me montrait que ce monde surnaturel était bien plus effrayant qu'il n'y parait. Après tout ce que mon père avait subi, le préserver de cette folie était tout simplement la bonne solution, et Harry avait fini par m'en convaincre. Ed de son côté ne perdit pas de temps à son tour pour tenter de me remonter le moral. Ses paroles me touchèrent, autant par leur contenu que le ton utilisé. Le sourire sur mon visage ne fit que grandir, et je levai doucement la tête afin de déposer un baiser sur sa joue.

« Tu es un amour. »

Cet homme était tout simplement parfait, et bien trop parfait pour moi. Je me demandais encore comment il avait fait pour tomber amoureux de moi à l'époque où je l'avais obligé de séjourner à mon appartement, mais je ne cessais pas de remercier cette moi passé pour l'avoir fait. J'en avais de la chance de l'avoir, et j'avais hâte de le voir avec nos enfants à ses côtés. La petite famille parfaite, et j'aurais bien aimé voir à ce tableau nos familles respectives. Mais avec le spectacle que nos pères nous avaient offert, je ne m'attendais pas à voir un quelconque miracle, et ce rêve me semblait si loin… Je reposai ma tête contre la sienne, puis passai mes mains autour de sa taille afin de me blottir contre lui. Dans des moments pareils, Misha se serait empressé de venir nous divertir et nous faire rire. Sauf que ma mère l'avait pris avec elle pour ne pas nous embêter pendant le déménagement, et sa présence me manquait.

Un grincement m'interpella, et je vis monsieur Silver descendre l'escabeau avec une facilité déconcertante. Il ne prononça aucun mot, peut-être parce qu'il avait l'impression qu'il était en trop et qu'il souhaitait nous laisser un peu d'intimité. Naïve que j'étais, car sa voix se fit rapidement entendre et je fronçai rapidement les sourcils en comprenant qu'il s'adressait à mon père. Cette situation me semblait juste anormale, surtout après le spectacle que nos paternels nous avaient montrés. Intriguée, je tournai la tête vers Ed et le regardais avec interrogation, même si mon visage montrait plus de terreur qu'autre chose. L'apocalypse arrivait plus tôt que prévu…

Mes yeux étaient tellement rivés sur Ed pour chercher du réconfort que je n'avais pas vu le regard de mon père rivé sur nous tandis qu'il suivait Harry vers la cave. Les expressions sur nos visages n'inspiraient rien de bon, et ce fut cette image qui lui fit réaliser qu'il était allé bien trop loin. Il s'était braqué et avait déchaîné sa colère sur tout le monde, sans même se rendre compte qu'il nous avait blessés, qu'il m'avait blessé. Il s'arrêta, hésitant, mais ne mit pas longtemps avant de reprendre sa marche pour rejoindre Harry dans la cave, vers ce fameux tableau électrique. Le changement brutal de conversation ne le surprit pas plus que cela, il s'y attendait vu les paroles du chasseur quelques secondes plus tôt, et son ton anormalement cordial. Et pour une fois, l'avocat était bien d'accord avec lui ; il était grand temps de cesser de penser à lui s'il souhaitait voir ses petits-enfants dans le meilleur cadre de vie.

« Cette discussion arrive à point nommé et je suis tout à fait d'accord avec vous. C'est la première fois que je vois Heather dans cet état, ce qui m'a fait réaliser que je suis allé trop loin. Nous faisons de piètres pères. »

Il était conscient qu'il n'avait pas un caractère facile à vivre, et il était resté fixé sur une adolescente capricieuse qui ne faisait que l'affronter. Mais cette fille n'était plus la même, ce n'était plus celle qu'il avait connue avant l'accident du tribunal. Sa fille était devenue une jeune femme qui avait beaucoup changé, et ce grâce au fils de celui qu'il considérait comme son ennemi. Sa femme n'avait pourtant pas tari d'éloges sur lui, et avait même parlé du bonheur que vivait ce jeune couple. Mais dans sa tête, sa fille était restée une adolescente, et le fait de ne pas l'avoir vu grandir pour devenir ce qu'elle était aujourd'hui l'empêchait de voir plus loin. Il avait bien vu, en passant devant le salon, qu'elle s'était immédiatement reposée sur cet homme, et que ce dernier cherchait à l'aider comme il le pouvait. Il ne s'en était pas rendu compte auparavant, mais ils s'aimaient réellement, et il souhaitait le meilleur pour leur future famille. Pour la première fois depuis son réveil, il était enfin prêt à laisser grandir sa fille, et à ne plus lui tenir la main.

« Nous voulons tous les deux le meilleur pour nos enfants, mais aussi pour nos petits-enfants. Je ne vous garantis rien, mais je vais essayer de faire des efforts de mon côté, que ce soit avec vous ou avec Edward. Et puis, nous faisons partie de la même famille maintenant. »

Cela lui fit un peu du mal de le dire de vive-voix devant Harry, mais il savait qu'il n'avait pas forcément le choix. Sa fille allait vivre avec l'homme qu'elle aimait, et de cette union allait arriver deux enfants. Il devrait être heureux, au lieu de ronchonner et de crier à tue-tête. Même si cela lui demandait beaucoup d'efforts dans l'immédiat, il espérait bien arranger la situation, pour le bien de leurs enfants respectifs. Par preuve de bonne volonté, il tendit sa main vers Harry, espérant ainsi enterrer la hache de guerre. Et puisqu'il avait remarqué par la même occasion que le chasseur pouvait très bien se déplacer en béquille, il jugea que c'était le moment idéal pour mettre cette nouvelle collaboration en marche, et pour prouver toute son efficacité.

« Bon, on s'en occupe de ce buffet ? Et si on allait montrer à ces jeunes qu'on a encore de l'énergie à revendre ? »

Ou comment dire de manière détournée que c'était une bonne façon de montrer à leurs enfants qu'ils avaient eu une sérieuse discussion. Et qu'ils comptaient faire la paix pour agir comme des pères normaux, prêts à tout pour le bien de leur famille, et pour voir leurs petits-enfants grandir dans un environnement sain, sans conflit.
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Jeu 6 Juil 2017 - 22:02
La réaction de l'avocat permit à Harry de se détendre un peu ; il faillit oublier d'adopter un ton poli.

« Ouais... J'crois qu'on peut pas se décerner de médaille sur ce coup-là. Enfin, moi je dis ça, mais j'en ai jamais vraiment méritée. »

Rapport à son comportement depuis le départ de sa femme. Il n'aura été un bon père que pendant les premières années d'Edward, pas beaucoup après. S'il avait été un bon père, il ne l'aurait pas traîné dans ses parties de chasse. Il l'aurait forcé à aller à l'université ou à entrevoir d'autres alternatives. A la place, il avait essayé d'en faire une copie de lui-même, sans comprendre qu'ils n'étaient pas pareils, tous les deux. Ils n'étaient même pas semblables. Edward était comme sa mère, il cherchait la justice partout, réfléchissait trop. Ce n'est jamais bon de trop réfléchir quant on est Chasseur. C'est bien pour les monstres et parfois, les civils, mais on finit toujours par s'attirer la hargne des autres Chasseurs. Nicole, elle faisait ça aussi ; laisser partir les bons monstres.

Les paroles de Richard lui arrachèrent une grimace. Il se demandait s'il avait vraiment voulu le meilleur pour son fils, en se fourvoyant sur sa version du bonheur, ou s'il n'en avait simplement jamais rien eu à faire ? Mais il n'avait pas de raisons de douter des bonnes intentions d'Isles et une chose qu'il pouvait dire aujourd'hui, c'était qu'il comptait faire de son mieux pour les petits. Alors, pourquoi cela ne pourrait pas marcher ? Satisfait de la direction qu'avait prise leur conversation, il hocha énergiquement la tête et prit la main de Richard pour la serrer d'une bonne poigne.

Harry ne s'attendait pas pour autant qu'ils se lançassent tout de suite dans cette nouvelle collaboration. Il n'avait pas les bons vêtements, pas les bonnes chaussures ; il avait trop réfléchi en fonction de son allure et pas assez au travail à abattre. Cela dit, sa fierté était en jeu et il accepta le défi, levant la main en direction des escaliers pour inviter l'avocat à monter devant lui. Il lui emboîta le pas, sa jambe de bois clapotant sur les marches comme à l'allée, annonçant à tous leur retour parmi eux. Grimpant à son rythme, il lança dans le dos d'Isles :

« En parlant d'efforts, j'essaierai de la fermer plus souvent. Et j'éviterai de vous appeler mon vieux, j'ai l'impression que ça vous échauffe. »

C'était une plaisanterie à la Harry ; il faudrait que Richard s'y fasse. Tous ceux qui connaissaient Harry Silver savait que plus il envoyait de vannes à une personne, plus il l'appréciait. Il n'y avait qu'à voir ce que se prenait son propre fils... Mais quand ils atteignirent le hall pour rejoindre Jimmy, Yulia et le buffet, toujours installé à l'arrière du pick-up, il se sentait l'âme plus légère, content d'avoir fait sa bonne action. Les deux jeunots n'avaient pas spécialement cherché à avancer, ils discutaient à l'ombre en riant. Lorsque les deux papas débarquèrent, Jimmy se mit pratiquement au garde-à-vous. Harry ne put s'empêcher de lancer une pique.

« Heureusement qu'on compte pas trop sur toi, ça nous évite d'être déçus ! »

Le jeune Chasseur fit une grimace, mélange de honte et d'hilarité. Il n'avait pas réellement peur du vieux Silver, aussi ne se gêna-t-il pas pour lui répondre.

« C'est moi qui devrait me tuer à la tâche pendant que vous êtes tous au frais à l'intérieur ? Et en quel honneur ? Heureusement que j'avais une infirmière avec moi, j'aurais pu faire un malaise, vous vous rendez pas compte ! » Il adressa un sourire complice à Yulia.

La surprise et surtout, l'appréhension, nous avait laissés sans voix, Heather et moi. Nous étions restés soudés sur le canapé, comme si le fait de nous séparer risquait de faire s'écrouler toute la maison. J'avais appuyé ma tête sur celle d'Heather et tendais l'oreille en direction de la cave, m'attendant à y distinguer bientôt des éclats de voix furieux. J'étais prêt à m'élancer pour séparer nos deux pères, mais n'eus pas à bouger. Ils remontèrent bientôt et le ton qu'ils employaient était toujours aussi cordial. Ils passèrent la porte d'entrée sans un regard pour nous. La béquille de mon père était toujours appuyée sur l'escabeau.

« On dirait que ça s'est bien passé », soufflai-je à Heather. L'un comme l'autre, nous nous doutions bien qu'ils n'avaient pas passé tout ce temps à discuter du tableau électrique.

Je me dégageai doucement de ma bien-aimée et me levai. Attrapant la béquille au passage, je m'y appuyai pour regarder Heather et son ventre rond.

« Je vais voir ce qui se passe là-bas. Qui m'aime me suive... », ajoutai-je avec un sourire qui se voulait rassurant.

Je marchai jusqu'à l'extérieur et fut surpris d'apercevoir Richard, mon père et Jimmy en pleine lancée de boutades, tandis que tous les trois encerclaient le buffet.

« Hey, voilà donc où était passée votre troisième patte », lança d'ailleurs Jimmy en me voyant arriver avec la canne. « Tu t'entraînes, au cas où ça serait héréditaire ? »

Je ris, avant de pouvoir m'en empêcher. Je n'osai pas croiser le regard de Richard ; ce genre de plaisanterie n'était pas sa tasse de thé. Mais quelque chose avait changé dans l'expression de son visage. Mon père aussi avait un air un peu différent. Ils semblaient plus détendus, malgré la présence de l'autre. Jimmy l'avait remarqué, lui aussi, et il s'en donnait à cœur joie. Je finis par m'approcher en posant la béquille dans un coin. Visiblement, Papa ne comptait pas s'en servir. J'allai les aider pour débarquer le meuble, avant de me souvenir que nous ne savions toujours pas où il allait.

« Heather ! », appelai-je, tout en montant sur le pick-up aux côtés de Jimmy. « Il va où, ce buffet ? »

Pendant que je m’époumonais, Jimmy me lança un regard noir et finit par se boucher les oreilles. Je lui donnai un coup de poing dans les côtes, pas trop fort et il partit de son gros rire. Nous commençâmes à détacher les câbles maintenant le buffet en place. J'entendais mon père faire la conversation à Richard. Il ne parlait pas trop fort, comme s'il ne voulait pas que Jimmy et moi les entendissions, mais je distinguai tout de même quelques mots noyés dans la conversation qu'avaient Jimmy et Yulia de leur côté.

« Je l'ai mené sur cette voie-là, parce que c'était ce que je faisais. C'était stupide de ma part. Il est bien trop porté sur la justice, l'égalité, tout ça... Il réfléchit toujours trop pour un... Un flic... En fait, je l'aurais bien vu avocat, comme vous... »

Je jetai un regard surpris à mon père, inconscient jusqu'à présent de ses sentiments quant à l'existence que j'avais menée jusqu'ici, persuadé qu'il n'avait jamais imaginé que je fusse autre chose qu'un Chasseur comme lui ou pire. Qu'il n'y avait jamais porté le moindre intérêt.


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Mar 11 Juil 2017 - 12:37


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
Cette poigne annonçait la fin d'une guerre entre les deux pères, ou du moins de bonnes résolutions. Richard comptait faire des efforts de son côté, il n'avait pas menti. Mais comme on dit, chasser le naturel et il revient au galop, et il n'avait fait que le montrer depuis ces dernières semaines. Voir sa fille et son gendre dans cet état avait eu l'effet d'un petit électrochoc, au point de se rendre compte qu'il s'était cantonné à un premier avis sans essayer de le changer. Il n'avait pas apprécié Ed dès le début, dès que Heather le lui avait présenté, et les commentaires d'Amber et Hilary n'avaient pas aidé à dissiper ce malaise. Pour lui, cet homme avait pris sa place et il ne l'avait jamais accepté, au point d'en oublier totalement le bonheur de sa fille. Harry avait raison ; avec l'arrivée des jumeaux, ils seraient forcés de coexister et c'était mieux que ce soit dans une bonne ambiance, pour le bien de tout le monde.

Richard fut ravi de voir que son petit défi avait fait mouche. Un signe de tête plus tard et il s'engagea dans les escaliers pour retourner à l'étage, suivi de près par Harry. Un petit rire étouffé s'échappa de ses lèvres en entendant ses mots. Il n'aimait pas sa franchise, mais ce n'était pas une raison pour retomber immédiatement dans ses vieux travers. Ils avaient tous les deux convenu qu'il fallait faire des efforts et cela ne devait pas être un échange à sens unique, même si cela le piquait sur un sujet sensible. Pour leurs enfants, pour cette future famille, il allait fournir un énorme travail.

« Je ne suis pas habitué à mon âge, mais j'éviterai de m'échauffer si jamais vous le faites par mégarde. »

Pour lui, ce n'était qu'une longue nuit de sommeil. Ce coma lui avait retiré douze années de sa vie, et se réveiller en ayant atteint le cap de la cinquantaine ne lui avait pas forcément fait du bien. Il n'acceptait pas son âge et tout le monde le comprenait, car il était toujours resté fixé dans cet état d'esprit qu'il avait avant cet accident. Il était grand temps de grandir et de se préparer à ce nouveau futur, et bien qu'il eût encore du mal à accepter que sa fille fût devenue une belle jeune femme, il se devait de revoir sa façon de juger, et d'accepter les décisions qu'elle prenait. Et pour cela, il fallait dans un premier temps accepter son gendre, qui était le futur père de ses petits-enfants. Si tout se passait bien avec Harry, les choses seraient plus faciles avec Ed qu'il se disait. Encore fallait-il qu'il acceptât ses excuses après les durs moments qu'il lui avait fait vivre.

J'étais restée sur le canapé depuis tout ce temps, blottie dans les bras d'Ed. Je tendais régulièrement l'oreille pour voir si la bataille avait commencé, mais tout me semblait calme, bien trop à vrai dire. Ils finirent par remonter à l'étage et se dirigèrent tous deux à l'extérieur, sans même nous adresser un seul regard. Surprise, je me mis à froncer légèrement les sourcils et regardai mon amour avec interrogation, comme si je lui communiquais mon inquiétude. Je lui répondis d'un hochement de tête à sa première phrase, même si cela me paraissait toujours étrange, puis n'eus d'autre choix que de rompre cette étreinte. Il était grand temps de retourner au travail, le déménagement n'allait pas se finir tout seul ! Edward se leva en premier et en profita pour récupérer la béquille de son père. Ses paroles eurent le dos de me faire rire et je le regardai à mon tour, avec un grand sourire.

« Je te suis volontiers ~ »

Je pris appui sur le canapé et me levai pour le rejoindre. Tout le monde se trouvait dehors, autour du buffet, tandis que Yulia les regardait avec un grand sourire. Ce qui m'interpella le plus était l'attitude de nos pères qui semblaient travailler main dans la main. Pour agir de cette manière, ils avaient dû avoir une sérieuse discussion dans la cave, et cela me fit sourire. Si les journées à venir pouvaient être comme ça, ce serait juste formidable. Et bien que cette image me semblât irréelle, je ne pus m'empêcher de m'imaginer les futurs repas de famille avec les jumeaux ; peut-être que ce n'était pas qu'une utopie après tout. La voix d'Ed me sortit de mes pensées et je posai mon regard sur lui avant de hausser légèrement les épaules.

« Salle à manger. C'est le seul endroit où il y a la place suffisante pour le mettre. »

À vrai dire, j'aurais bien changé de buffet, mais Papa et Maman tenaient à ce que nous le gardions, et je n'avais pas osé les contredire. Ils nous avaient tellement aidés pour les visites, les papiers et le déménagement que je pouvais bien leur faire cette fleur. Le travail se fit dans la bonne ambiance, et voir mon père discuter avec mon beau-père me fit sourire. Je n'avais aucune idée de ce qu'ils se disaient, les deux semblaient avoir baissé d'un ton comme s'ils ne souhaitaient pas être entendus, mais ils n'avaient pas l'air de se taper dessus et c'était le principal.

« Vous pensiez que c'était la meilleure voie pour lui et vous n'avez pas à vous blâmer ; vous pouvez être fier de ce qu'il est devenu. Mais s'il souhaite changer d'horizon, je peux toujours lui montrer les ficelles du métier. »

Mon père s'ennuyait à la maison, au point de songer à rouvrir son propre cabinet d'avocats. Il n'en avait pas parlé à ma mère, car il craignait qu'elle s'inquiétât trop par rapport à son accident, mais il avait tout de même tenu à avoir mon avis. Même si j'étais plutôt de l'avis de ma mère, j'étais la mieux placée pour savoir qu'il avait besoin de reprendre une activité, et que le droit était toute sa vie, tout comme la chasse pour Ed. Il pouvait toujours compter sur moi pour l'épauler, et il le savait. Tandis que je regardai le groupe soulever le buffet, Yulia s'éloigna de Jimmy pour ne pas le gêner dans ses mouvements et vint sans tarder à mes côtés.

« Tu ne devais pas te ménager toi ?
- Je ne fais que superviser l'opération, rien de bien dangereux. »

Nous nous regardâmes longuement avant de rire. Le meuble fut mené à destination, non sans difficulté, et cela termina ce long et douloureux déménagement. Yulia ne perdit d'ailleurs pas de temps pour passer son bras sur mes épaules, et fit l'annonce officielle avec toute sa bonne humeur habituelle.

« Ça y est, vous êtes enfin installés. Il est temps de fêter ça, j'ai ramené le champagne pour l'occasion ! Et j'ai même pris à côté un simple pétillant pour toi ma belle ~ »

Elle ne perdait pas une occasion de faire la fête, mais cela me fit rire, surtout cette petite attention pour moi puisque je ne pouvais plus boire d'alcool avec la grossesse. Enfin, je n'en buvais déjà pas de base et aurais fait un effort pour l'occasion si je le pouvais. Tout le monde semblait ravi d'en avoir enfin fini avec ce déménagement, tous sauf mon père qui n'avait pas l'air d'être si heureux que cela vu l'expression sur son visage. Moi qui pensais que tout allait pour le mieux, il semblerait que j'eus une nouvelle fois parlée trop vite. Et tandis que je m'apprêtais à me libérer de l'étreinte de Yulia pour aller le voir, Papa me prit de court et s'approcha d'Edward.

« Je peux te parler en privé Edward ? »

Les voir tous les deux retourner dehors m'inquiétait plus qu'autre chose, surtout que je savais que mon père ne l'appréciait pas plus que cela. Et ce n'était pas son petit sourire en ma direction qui fit grand-chose. Yulia semblait l'avoir remarqué puisqu'elle m'entraîna dans le salon et invita par la même occasion Harry et Jimmy à s'installer sur le canapé, le temps de préparer les flûtes et les boissons.

Richard n'avait pas guidé Ed bien loin, juste assez pour s'assurer que personne ne pourrait les entendre, au point de fermer la porte derrière eux une fois dehors. Déjà qu'il faisait un effort conséquent suite à sa conversation avec Harry, il n'avait pas besoin de se sentir observer par tous ces regards, y compris celui de sa fille. Il l'avait déjà assez déçue pour la journée, il ne souhaitait pas l'inquiéter davantage alors qu'il n'y avait pas raison de l'être, même s'il ne s'y prenait pas de la bonne manière. Jetant un coup d'œil autour d'eux pour s'assurer que personne ne les écoutait, à moins que ce fût un moyen de trouver le courage pour commencer, il finit par regarder son gendre et se lança.

« Écoute, je sais que je n'ai été ni le père parfait pour Heather, ni le beau-père idéal pour toi. Je refusais de voir que vous tenez réellement l'un à l'autre, et je me rends compte que mon attitude nuit vraiment à notre famille. Je tiens à te présenter mes excuses et je compte réellement faire des efforts, pour vous et vos enfants. Après tout, tu es maintenant un membre de notre famille, et je dois m'estimer heureux d'avoir un beau-fils comme toi. »

À peine sa phrase fut finie que Richard leva sa main pour la poser sur l'épaule du chasseur. Un sourire s'afficha sur son visage ; pas un sourire forcé, un vrai sourire. Il souhaitait réellement faire des efforts, et il était persuadé que s'il passait outre les aprioris qu'il avait, il pourrait réellement apprécier son beau-fils ainsi que son père. Pour le bien de la famille, il était prêt à changer, vraiment.
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Ed Silver
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Lun 17 Juil 2017 - 21:41
J'appliquai mes mains sous le buffet. Jimmy fit de même et nous entreprîmes de soulever l'imposant meuble, tandis que Richard et mon père se contentaient d'assurer l'équilibre du tout, tendant vaguement les bras, au cas où nous basculerions d'un côté ou de l'autre. J'essayais de me concentrer sur le poids à déplacer, plutôt que sur leur conversation. J'avais l'impression de les espionner, c'était gênant. Ce qu'ils disaient n'avait pas l'air destiné aux autres, mais il était difficile de ne pas les entendre, ils étaient si près. Je ne pus que noter les efforts de l'un comme de l'autre et faillis même lâcher mon côté du buffet, en entendant Richard. Il était vraiment décidé à faire la paix, jusqu'à proposer son aide pour me former. J'avais du mal à en croire mes oreilles ; qu'est-ce que mon père lui avait fait ? Et lui, que lui arrivait-il ? Ça ne lui ressemblait pas de se confier ainsi à un étranger.

« A trois, on descends », indiquai-je à Jimmy, autant pour lui donner un semblant de direction que pour couvrir les voix des deux autres. Malheureusement, le jeune Chasseur se contenta de souffler un ok à peine audible. Son regard coulait régulièrement en direction de Yulia, qui avait depuis rejoint Heather. « Et on reste concentré, si tu veux bien. »

Je lui lançai au passage un sourire entendu, auquel il répondit par un regard prétendument noir. Nous avions toujours pris un malin plaisir à nous taquiner au sujet de nos conquêtes respectives, mais aujourd'hui, avec Heather enceinte, il n'avait plus beaucoup de terrain sur lequel m'attaquer. Il fit mine de me donner un coup de pied sous le meuble, chose impossible vu sa largeur. Il ne réussit qu'à perdre l'équilibre et je retins mon souffle en resserrant mon étreinte sur le bois ancien. Heureusement, il rétablit la situation en moins de deux. Ce qui me surprit le plus, c'est que mon père ne fit aucun commentaire sur notre stupidité ou notre immaturité. Je lui jetai un regard.

« J'aimerais bien qu'il considère la question, ouais... Ça enquête des fois les avocats ? Parce qu'il serait bon, le petit », disait-il à Richard.

Je ne comprenais pas pourquoi il cherchait à ce point à me vendre à mon beau-père. N'avait-il pas compris que, quoi qu'il fasse, c'était peine perdue ? Richard ne m'aimait pas. Point. Il n'y avait rien à ajouter. Peut-être qu'avec leur évidente réconciliation, cela s'arrangerait bientôt, mais ce n'était pas encore demain la veille. Les deux hommes désormais aussi bavards que des commères au marché ne nous suivirent pas jusqu'à la salle à manger. Jimmy et moi portâmes notre chargement jusqu'à destination et le déposâmes délicatement à sa place. Lorsque nous nous redressâmes, nous échangeâmes un long regard, puis un sourire.

« Hey ! Dernière pierre à l'édifice, bro ! », s'exclama-t-il, tout content. Il tendit sa main, paume dans ma direction. J'y apposai la mienne dans un highfive triomphant et il m'envoya valser d'un grand coup d'épaule, avant de partir d'un de ces grands rires. Nous riions encore, lorsque l'annonce de Yulia nous fit taire.

Alors que nous nous approchions des femmes et de mon père qui n'avait pas tarder à les rejoindre, je fus intercepté par Richard. D'abord surpris, puis méfiant, je finis par le suivre à l'extérieur. Je commençais à me demander pourquoi cette journée devenait si spéciale. D'abord, le vieux Silver qui cherchait la réconciliation et maintenant, Beau-Papa qui me prenait à part... Quelque chose s'apprêtait à changer, en bien ou en mal, et cela m'inquiétait, comme Heather. J'aperçus son air atterré et me forçai à afficher un sourire, pour la rassurer. Comme Richard d'ailleurs, et le visage d'Heather ne fit que se crisper davantage.

Richard s'arrêta derrière la porte et la referma lorsque j'eus passé le seuil. Je l'observais, partagé entre la curiosité et l'appréhension. Les paroles qui suivirent eurent heureusement l'effet de me détendre. La hache de guerre semblait bel et bien enterrée. Quand je sentis sa main sur mon épaule, je sentis mes muscles se tendre légèrement, pas autant que je l'aurais pensé. Je voulais croire à ses mots. Moi aussi, j'aurais aimé que tout aille pour le mieux. Si ça n'avait pas été le cas jusqu'ici, j'étais prêt à faire tous les efforts nécessaires pour que les choses évoluent dans le bon sens. Je souris, un peu surpris par cet élan de familiarité de la part de l'avocat. Je ne savais pas quoi lui dire. Évidemment que j'étais d'accord avec lui et que je lui pardonnais. Je décidai de jouer la carte de la franchise, car c'était une spécialité familiale et Richard devrait s'y faire.

« J'avoue que c'est un grand soulagement d'entendre tout ça », répondis-je, ma voix traduisant fidèlement le sentiment d'apaisement qui m'animait. « Mais je tiens à m'excuser aussi. Si nous avions été parfaits, Papa et moi, il n'y aurait pas eu toutes ces tensions, j'imagine. »

Je jetai un coup d’œil à travers l'une des baies vitrées, par laquelle on pouvait apercevoir Jimmy, Harry, Yulia et Heather, chacun le sourire aux lèvres et une flûte à la main. Tout le monde avait l'air heureux, c'était comme un rêve éveillé. Je vis mon père faire signe à Yulia de lui verser peu de champagne ; j'ignorais qu'il faisait attention à sa consommation.

« Heather vous l'a sûrement dit, je cherche à me réorienter. Je ne veux pas qu'elle soit une femme d'agent, à ne jamais savoir si je vais rentrer à la maison ou non. Je ne veux pas rater l'enfance des jumeaux, non plus », continuai-je. En remplaçant le mot agent par chasseur, on obtenait la vérité parfaite. « Alors... Vous n'avez pas à vous inquiéter pour ça. Je sacrifierais tout pour elle et les enfants. »

Je l'avais déjà fait. Mon âme et tout ce qui allait avec, tout cela aurait dû finir en Enfer. C'est peut-être pour ça que ma voix était si convaincante, si sincère.

Dans le salon, Harry dégustait son doigt de champagne. Le peu qu'il en aurait, il s'en contenterait. Il n'aimait plus autant l'alcool qu'avant. A croire qu'il en avait bu jusqu'à s'en dégoûter ; il avait fini par détester la sensation d'empâtement qui l'envahissait quand il avait bu un coup de trop. A une époque, c'était comme un enrobage qui le protégeait de ses vieux démons, mais aujourd'hui, il avait l'impression que les démons lui voulaient moins de mal que cette addiction. De plus, il savait qu'il avait l'alcool grognon. Il reposa rapidement sa flûte ; Ed et Richard n'étaient toujours pas revenus. Il ne les chercha pas du regard et préféra se concentrer sur sa belle-fille. La grossesse la rendait resplendissante. Nicole aussi était magnifique, quand elle portait Edward. Ça, il ne l'oublierait jamais.

« Au fait, est-ce qu'on peut connaître en avant-première les prénoms de ces bébés à naître ? », lança-t-il pour faire diversion de la disparition de deux des protagonistes. « Ed a dû vous parler de sa grand-mère, il vous a déjà vendu son prénom ? »

GrandMa avait été celle qui avait élevé Ed jusqu'à ses dix ans. Harry savait qu'il était très attaché à sa grand-mère et qu'il choisirait plutôt son prénom à elle que celui de sa mère, qui l'avait abandonné. Il ne réalisait pas que les deux tourtereaux n'avaient jamais discuté plus avant de GrandMa McEvoy.


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Heather Isles
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Mar 18 Juil 2017 - 22:33


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
La première partie des paroles d'Ed firent légèrement tiquer Richard, mais il s'apaisa très vite en entendant la suite. Au moins, il admettait que les deux côtés étaient en tort, mais ne fit aucun commentaire sur ce qu'il venait de dire. Il avait toujours imaginé sa fille avec une grande pointure, comme un célèbre médecin, avocat, ou quelqu'un ayant un métier assez haut dans la hiérarchie. S'il n'avait pas été absent durant toutes ces années, il l'aurait sûrement poussé dans ce sens dès le début. Mais Heather avait choisi lui, un agent de l'ordre, et s'était détournée du chemin qu'il avait tracé pour elle. Il avait beau lui faire comprendre qu'il n'approuvait pas son choix, elle ne l'avait jamais écouté et avait continué de filer le parfait amour avec Ed, au point même de fonder une famille. S'il savait qu'il avait ramené à la vie Heather en vendant son âme, peut-être qu'il changerait d'avis sur lui et comprendrait que son beau-fils aimait réellement sa fille, et qu'il n'était pas attiré par le confort et son argent. Et ça, il ne s'en était rendu compte qu'aujourd'hui, après cette nouvelle rivalité entre les deux pères.

Ce qu'Ed lui annonçât ne le surprit guère ; il ne l'avait pas appris d'Heather puisqu'elle évitait de parler de lui vu cette belle relation d'amour entre le beau-père et son gendre, mais c'était le père de son beau-fils lui-même qui le lui avait dit. Sur ce point, il ne pouvait pas le contredire car il comprenait totalement son point de vue. Et à vrai dire, il était même ravi de cette décision, car il cesserait d'inquiéter sa fille pour un rien avec ces rondes et cette montée de criminalité impressionnante. Richard ne prit même pas la peine de dissimuler son contentement face aux paroles du chasseur. Il retira la main de son épaule, puis lui répondit.

« J'y compte bien. » L'avocat lui fit un petit signe de tête comme s'il désignait son gendre. « Ce n'est plus à moi de la protéger, mais à toi. »

Depuis son réveil, il avait eu du mal à la laisser partir, surtout avec un homme qu'il ne jugeait pas digne d'elle. Mais cet avis ne comptait plus, il avait compris qu'il s'était trompé et il était même prêt à passer la main à Edward. Et s'il ne tenait pas parole, il s'assurera qu'il le regrette très vite bien entendu ! Après un sourire sincère, Richard reprit son sérieux et aborda un tout autre sujet. Il avait promis de faire des efforts, et il avait l'occasion de prouver sa bonne foi à Amber et Heather en aidant son beau-fils.

« J'en ai entendu parler. As-tu déjà une idée de ce que tu comptes faire, ou la branche dans laquelle tu comptes te diriger ? Ma femme et moi avons beaucoup de relations à Vegas, nous pouvons te donner facilement des coordonnées ou des renseignements. » Il marqua une pause, puis après un petit moment d'hésitation, finit par reprendre sur un sujet totalement surprenant. « En parlant de ça, Heather est au courant, pas sa mère ; je compte rouvrir mon cabinet d'avocat. Je peux toujours te montrer les ficelles du métier si cela t'intéresse. »

Il ne l'avouera jamais mais c'était Harry qui lui avait donné ce petit tuyau, et c'était par respect pour lui qu'il ne le mentionna pas devant son beau-fils. Il s'était montré têtu depuis le début concernant la famille Silver et n'écoutait qu'à moitié les histoires que Heather racontait. Ne se souvenant plus des relations entre les deux Silver, et surtout après le tact qu'ils ont montré dans la maison tout à l'heure, il préféra garder ce détail sous silence, et attendit patiemment après avoir croisé les bras la réponse d'Ed.

Yulia n'avait pas perdu de temps pour aller chercher les dîtes bouteilles et flûtes, à croire qu'elle attendait ça depuis le début du déménagement. Je me mis à rire légèrement, jusqu'à ce que mon regard se posa sur la porte d'entrée ; Ed et Papa étaient étrangement longs et cela m'inquiétait, même si le fait de ne pas entendre leurs voix me prouvaient qu'ils n'avaient pas l'air de se disputer. Ce n'était pas plus mal, mais ne pas savoir ce qu'il se passait m'agaçait tout de même. Mon regard fut rapidement happé par la flûte que me tendit mon amie, et je la pris tout en reportant mon attention sur Harry et Jimmy. C'était malpoli de ma part de laisser mon esprit vagabonder ailleurs alors qu'ils étaient venus nous donner un coup de main pour le déménagement. Nous n'aurions jamais pu faire tout cela sans eux, surtout que je ne pouvais pas bouger le petit doigt de mon côté. Voir les hommes sans pouvoir rien faire était bien frustrant, et j'étais contente que tout ceci fut enfin terminé !

Et quand je pensais que le pire était arrivé, mon beau-père profita de l'occasion pour me poser des questions non seulement sur les jumeaux, mais également sur la grand-mère d'Ed. Je me sentis légèrement gênée face à cette question, car je ne savais pas forcément quoi répondre. A vrai dire, j'avais peur de ne pas faire le bon choix, de dire quelque chose qui n'allait pas plaire à Harry, et surtout décevoir mon copain. Mais je me refusais de mentir à mon beau-père, et décidai que la vérité était le meilleur choix possible. Je secouai doucement la tête pour répondre à la négative, puis ne le quittai pas des yeux tandis que je lui donnais plus d'informations.

« Il m'en a parlé un peu mais je n'ai pas eu beaucoup de détails. C'est elle qui l'a élevée quand il était enfant c'est ça ? »

Je n'allais pas dans les détails et c'était volontaire. J'avais confiance en Jimmy et il connaissait sûrement tous les détails, mais je me voyais mal dévoiler autant de détails personnels à Yulia, parce que ce n'était pas à moi de le faire. Et en parlant de cette dernière, elle rebondit rapidement sur une question de Harry, que j'avais volontairement oublié, afin de demander plus d'informations.

« En parlant des prénoms, vous connaissez le sexe des jumeaux ? »

Je la regardai sans rien dire, j'étais bien consciente que je ne pouvais pas éviter éternellement ce genre de sujets. Et puis, cela me permettait d'une certaine manière de faire d'une pierre deux coups. Je répondis en premier à Yulia, puisque sa réponse me permettrait de rebondir sur celle de mon beau-père.

« J'ai déjà dit à tous les médecins que je souhaitais garder la surprise. Vous aurez l'information à la naissance des jumeaux. »

Bien sûr que j'avais envie de savoir, mais j'avais vu tellement de magie dans les yeux des jeunes parents le moment venu à l'annonce du sexe des enfants que je voulais éprouver le même sentiment. Cette même joie à l'annonce de la surprise. Un sourire s'afficha sur mon visage tandis que je m'imaginais la scène dans mon esprit, un sourire qui ne fit que grandir jusqu'à ce que je retombasse sur terre. Je jetai un coup d'œil à Yulia, puis reportai mon attention sur Harry. Légèrement gênée par ce que j'allais dire, je levai ma main gauche pour la passer dans mes cheveux.

« Nous réfléchissons encore à quelques prénoms, nous ne nous sommes pas encore décidés. »

Il fallait choisir deux prénoms parmi toute une liste. Le pire dans tout cela, c'était qu'on avait déjà fait un tri en retirant ceux qui nous plaisaient le moins, pour garder seulement ceux qui faisaient l'unanimité. Mais même avec ce système, il y avait encore trop de possibilités et le jour J se rapprochait de plus en plus. Il nous faudrait faire un choix tôt ou tard, et je tenais à ce que personne ne nous influence.
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Ed Silver
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Mar 25 Juil 2017 - 16:47
Surpris, Harry le fut un peu. Pas plus que cela. Il avait pensé qu'Ed aurait parlé de GrandMa à la mère de ses enfants, mais d'un autre côté, cela ne l'étonnait guère qu'il ait préféré garder cette part de son enfance pour lui-même. Comme si, en laissant croire aux autres qu'elle avait été normale ou même heureuse, elle le deviendrait. Son regard croisa celui de Jimmy ; le Chasseur savait de quoi il retournait. Mais ce n'était pas pareil. Jimmy avait eu le même genre de vie de famille qu'Ed. Ils se connaissaient depuis des années et des années, avaient combattu le mal ensemble, avaient vu d'autres mourir et s'étaient mutuellement sauvé la peau à plusieurs reprises. Un jour, Eddy parlerait à Heather, mais plus tard sans doute.

« Hmm », répondit-il dans sa barbe. « La vieille Ali aura son moment de gloire un jour. »

Il le pensait. Il le lui souhaitait, en tout cas. Elle l'avait bien aidé en prenant soin de son fils à sa place. Et surtout, en évitant de lui faire remarquer ses manquements. Elle ressemblait à un pruneau tout fripé, mais elle était une des plus belles personnes que Harry ait jamais connue. Paix à son âme. Elle ne méritait ce que lui avait fait subir sa fille. Ou ceux qui la leur avaient enlevée, s'ils existaient. Il se laissa tomber sur un fauteuil et étendit sa fausse jambe. Avec la chaleur, le moignon était douloureux ; sa peau glissait contre la prothèse et il avait l'impression qu'elle macérait. C'était surtout de vieilles douleurs, qui ne disparaissaient jamais tout à fait. La jambe avait disparu, pas les sensations. La bonne vieille histoire du membre fantôme, dans toute sa splendeur. Parfois, il croyait presque la sentir repousser. Il avait l'impression de sentir le sol sous ses orteils absents.

A la question de Yulia, tout le monde sembla passer à autre chose. Harry hocha la tête en écoutant la réponse d'Heather. La surprise, pourquoi pas. Il aurait pensé qu'en tant que médecin, la jeune femme chercherait à connaître le sexe à l'avance. Pour se préparer, elle et la future chambre, les futurs vêtements et jouets. Nicole et lui avaient demandé à savoir. D'ailleurs, l'anecdote le fit sourire et il ne put s'empêcher de la partager, à la suite des dernières paroles d'Heather.

« Nicole et moi, on voulait savoir. Le médecin, à l'époque, nous avait dit que ce serait une fille. Nicole avait acheté des tonnes de pyjamas roses. Elle avait peint la chambre en rose aussi et choisi un lit rose. Bref, tout était prêt. Et quand le bébé est arrivé, il s'est avéré qu'on était complètement à côté de la plaque. Au final, j'ai passé toute une nuit à repeindre la chambre et le lit et à faire échanger les vêtements pour des bleus, parce que Nicole ne supportait pas l'idée que les gens se moquent d'Eddy, avec ses petites salopettes roses. »

Jimmy était parti d'un fou-rire, tandis qu'il s'imaginait son ami de toujours chasser le Démon en combinaison rose. Il semblait sur le point d'exploser, tant son visage était cramoisi. Harry ria aussi de bon cœur, mais s'adressa rapidement à Heather.

« On avait ce truc, ma femme et moi. Si le bébé était une fille, c'est moi qui choisissais le prénom. Si c'était un garçon, c'était elle. Edward aurait dû s'appeler Emily mais elle m'a coiffé au poteau. »

Dehors, Richard et moi nous détendions l'un comme l'autre, sans doute soulagés de voir la bonne volonté mise à l’œuvre. C'était dur de ne pas lui parler de tout ce qui s'était passé. La mort d'Heather et le contrat sur ma tête faisaient partie intégrante de notre dynamique et j'avais peur que, sans tout cela, l'avocat ne sous-estime la force de notre couple. Bien sûr, le secret resterait entier. Il ne pouvait pas connaître ces détails sans connaître tout le reste et ça, il en était hors de question. Le signe de tête que je lui adressai était destiné à le remercier pour l'aide qu'il proposait, mais je ne voulais pas profiter des bons contacts des Isles. Je ne me sentais pas d'accepter, ce ne serait pas moi, car je ne trouvais pas cela très juste pour les autres candidats.Je ne voulais pas non plus qu'ils ébruitent mon nom. Pour ma sécurité et la leur.

« Merci, je ne l'oublierai pas... Mais je préfère faire mes preuves. Je ne me sentirais pas à l'aise, si je trouvais une place grâce à vos amis », répondis-je en tentant le plus possible d'y mettre les formes. Il m'offrait un coup de main, je ne voulais pas le vexer. Ce n'était pas contre lui. « En revanche, je peux vous proposer un marché honnête. Si vous rouvrez un cabinet, vous aurez besoin de quelqu'un pour assurer les aspects enquête et sécurité et je pourrais m'en charger. Je vous protégerais, ce qui devrait rassurer Amber, et si vous voulez bien m'apprendre une ou deux choses au passage, ce serait avec plaisir. »

Des rires provenant du salon retentirent jusqu'à nos oreilles. Par la vitre, je voyais notamment Jimmy quasiment plié en deux. J'avais envie d'aller voir ce qui se passait. Surtout, je voulais entendre l'histoire qui l'amusait tellement, mais j'avais bien mieux à faire.

« Alors, qu'est-ce que vous en dites ? » Je m'adressai à Richard avec un sourire, en lui tendant la main. Deal ?


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Dim 30 Juil 2017 - 15:19


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Richard était sincère en proposant son aide à Ed, et il ne s'attendit pas que ce dernier refusât son aide. Pensant au début qu'il ne voulait tout simplement par faire de vrais efforts pour améliorer leurs relations, il se rendit compte que ce n'était qu'une question de fierté ; il ne voulait pas être privilégié et souhaitait simplement faire ses preuves, rien de plus. Un petit sourire apparut au coin de ses lèvres, il commençait à comprendre ce que sa fille trouvait de si spécial chez lui, même si cela le surprit. Il n'avait jamais imaginé qu'une personne avec le caractère d'Ed plairait à Heather, parce qu'elle était tellement différente de celle qu'il avait connu avant son accident. Elle avait beaucoup changé depuis toutes ces années, et même s'il avait longtemps pensé que c'était simplement le temps qui l'avait adoucie, sa femme lui avait confirmé que c'était en réalité grâce à leur beau-fils, que c'était leur rencontre qui avait ouvert les yeux à sa fille. Il ne l'avait jamais cru, mais c'était en parlant avec lui en ce moment même qu'il comprit que tout ceci n'était pas un mensonge, et que c'était lui qui s'était fait des idées depuis le début.

La proposition qui suivit restait néanmoins intéressante. Même s'il créait son propre cabinet, Richard savait qu'il ne pourrait le tenir aussi longtemps qu'il le voulait. Il avait toujours quarante ans dans sa tête, mais son corps en avait bien plus et il ne pouvait pas garder le rythme qu'il tenait à l'époque. Et quitte à ouvrir son propre cabinet, autant le léguer plus tard à quelqu'un de confiance, et si possible qu'il restât dans la famille. Cela lui faisait un peu du mal à l'admettre sur le coup, mais le fait que son gendre s'intéressait à son métier changeait son point de vue sur lui, et il s'était même mis dans l'idée de le convertir dans le droit puisqu'il semblait s'y intéresser. À moins qu'il y eût une toute autre motivation derrière, comme le fait de le propulser sur la scène et de l'aider à se faire un nom. Chasser le naturel et il finit toujours par revenir au galop, mais il ne fallait pas en vouloir à Richard ; il avait été élevé dans cette optique avec un père haut placé dans le FBI et sa mère chirurgienne de renommée, sans parler de ses grands-parents qui avaient occupé eux aussi des postes importants dans la hiérarchie. Heather avait été élevée dans cette optique et elle serait sûrement avec une personnalité de Vegas si ces années dans le coma ne l'avaient pas mis hors circuit. Mais il ne souhaitait plus interférer dans le bonheur de sa fille, bien que cela allait à l'encontre de ses plans passés, mais il ne fallait pas lui demander la lune pour le moment, il avait encore beaucoup de chemin à faire pour accepter tous ces changements.

Avec un sourire sincère, Richard prit la main d'Ed et la serra, acceptant ainsi la proposition de son beau-fils. Et au fond, cela ne lui donnait que plus de motivations pour rouvrir rapidement son cabinet et se remettre sérieusement au travail. Cette poignée de mains eut tout de même un témoin, ou plutôt deux, qui furent assez surpris d'assister à une telle scène.

« Si je m'attendais à vous voir discuter tous les deux en arrivant… »

Instinctivement, Richard tourna la tête, même s'il avait déjà reconnu cette voix, et croisa le regard de sa femme. Lâchant la main d'Ed, il ne quitta pas des yeux Amber tandis qu'elle s'approchait des deux hommes.

« J'ai raté quelque chose ?
- Tout va bien ma chérie, tu n'as pas à t'inquiéter. »

Amber connaissait bien les tensions entre son mari et son beau-fils, et elle fut tout aussi étonnée de les voir discuter ensemble à l'écart des autres. Mais ils semblaient tous les deux sereins et contents, comme si cette discussion s'était bien passée, et ce n'était pas plus mal pour la suite. Elle préférait les voir comme ça plutôt que d'assister une nouvelle fois à ces tensions entre eux deux. Derrière elle, une boule de poils blanche déboula de nulle part et vint instantanément se ruer sur le chasseur, ce qui fit rire Amber.

« Misha était intenable dans la voiture, il doit être heureux d'être dans sa nouvelle maison. » Regardant pendant un instant Ed et Misha, elle finit par lever la main pour montrer le paquet qu'elle avait amené jusqu'ici. « J'ai un peu de retard, mais c'est pour la bonne cause, j'ai acheté un gâteau pour fêter la fin du déménagement.
- Tu en fais toujours trop, Heather avait bien dit qu'elle ne voulait rien de plus.
- Je sais, mais je n'ai pas pu m'empêcher de jeter un coup d'œil à cette pâtisserie en allant rendre les clefs. Et ce gâteau n'arrêtait pas de m'appeler : viens me chercher, mange-moi. »

Richard se mit à rire à son tour, puis passa son bras sur ses épaules avant de l'embrasser. Il la connaissait bien, elle et sa manie de fondre devant n'importe quelle sucrerie. Mais il ne s'en plaignait pas, sa femme était un vrai cordon bleu lorsqu'elle était aux fourneaux, même si elle préférait largement élaborer des desserts en tout genre. Les rires à l'intérieur de la maison attirèrent l'attention d'Amber qui, curieuse comme toujours, n'avait qu'une seule envie ; aller voir ce qu'il se passait.

« Je vais le poser sur la table, ne tardez pas trop si vous voulez une part. »

Elle se dégagea de l'étreinte de Richard et s'empressa de franchir la porte d'entrée. Il ne la quitta pas une seule seconde des yeux, jusqu'à ce qu'elle disparût de son champ de vision, puis posa son regard sur Ed et Misha. Il s'avança légèrement et posa sa main sur l'épaule de son beau-fils, histoire de conclure cet accord.

« Il est temps d'y retourner, je te contacte dès que le projet est lancé. »

Après un signe de tête, Richard se dirigea à son tour vers la porte pour rejoindre le salon, où tous les invités semblaient bien s'amuser sans eux, et lui aussi aimerait bien savoir ce qu'il se passait.

À peine avais-je terminé que mon beau-père prit la parole, avec un sourire qui en disait long. Il nous raconta sa propre expérience avec la mère d'Ed, et j'écoutai son anecdote avec attention, impatiente de découvrir ce qui pouvait bien être aussi amusant pour arborer un tel sourire sur son visage. L'histoire était assez amusante, et je ne pus m'empêcher d'imaginer Ed tout de rose vêtu. Cette pensée me fit sourire, tandis que Jimmy et Yulia se mirent tous les deux à rire, suivi de Harry. Je les regardai tous d'un air amusé, et reposai mes yeux sur mon beau-père dès qu'il m'adressa une nouvelle fois la parole. Nous avions de la chance car avec deux enfants, chacun avait le loisir de choisir le prénom qu'il préférait, mais je devais reconnaître que les deux prénoms que ses parents avaient choisis étaient tout simplement magnifiques.

« Emily est vraiment un beau prénom. Et je suis sûre qu'Ed aurait toujours été aussi mignon même habillé en rose.
- Tu dis cela parce que c'est ton copain oui. D'ailleurs, c'est quand qu'on pourra t'appeler madame Silver ? »

Yulia me coupa dans mon élan et je tournai la tête vers elle, surprise. Entre les questions sur les enfants puis maintenant celle-là, je fus légèrement gênée de répondre sans même avoir l'avis d'Ed, surtout sur cette dernière interrogation. Harry et Jimmy étaient déjà au courant des problèmes d'Edward avec Alocer, mais Yulia était totalement étrangère à ce monde et je ne pouvais pas vraiment lui répondre sans lui mentir. Heureusement pour moi, la porte d'entrée s'ouvrit et ma mère débarqua, coupant net la conversation.

« Ce n'est pas gentil de trinquer sans moi ! Moi qui avais ramené un gâteau, je vais repartir avec ! »

Tout le monde se mit à rire, et ma mère s'approcha de la table basse pour y déposer le carton. Je me penchai légèrement en avant, curieuse de voir de quoi il s'agissait, et vis le framboisier sortir de son emballage. Rien que le fait de le regarder me donnait envie de le manger, et il semblerait que je ne fus pas la seule dans ce cas-là.

« Je vais chercher les couverts dans la cuisine. »

Yulia partit sans attendre tandis que ma mère s'approchât de moi pour me prendre dans ses bras.

« Bonjour ma puce, tu es toujours aussi rayonnante.
- Tu exagères un peu maman. »

Yulia avait prévu le coup et avait déjà préparé des flûtes supplémentaires, et Maman n'avait pas tardé à prendre la bouteille de champagne pour se servir une coupe, et prépara deux autres en plus. Cela me fit tiquer et je regardai la porte d'entrée, là où Ed et Papa étaient partis pendant de longues minutes maintenant. Toujours aussi inquiète, je ne pus m'empêcher de demander des informations à ma mère, en espérant qu'elle pourrait me répondre.

« Tu as vu Ed et Papa ?
- Ils discutaient devant la maison quand je suis arrivée, Misha est resté avec Ed. »

Elle avait employé le mot discuter, ce qui signifiait que le ton n'était pas monté et ce n'était pas plus mal. Yulia, quant à elle, débarqua avec les assiettes et les couverts dans les mains et déposa le tout sur la table.

« Je te laisse l'honneur de couper le gâteau Heather. »

Elle me tendit le couteau que je pris sans hésitation, puis après un rapide coup d'œil sur chacun des invités, je commençai à découper le framboisier. C'est qu'il me faisait envie ce gâteau, et nous étions tous impatients de le déguster !
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Ed Silver
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Jeu 3 Aoû 2017 - 17:32
Le sourire qui apparut aux lèvres de Richard me rassura un peu, même s’il ne tendit pas tout de suite la main pour serrer la mienne. Sans doute réfléchissait-il, même si ma proposition l’intéressait. Il avait raison, mieux valait ne pas se précipiter sur un marché, aussi alléchant qu’il parût. Bien sûr, nous n’avions pas discuté d’argent ou de modalités particulières, détails sur lesquels nous devrions nous pencher, si le principe de l’idée convenait à Richard. Je savais d’avance qu’une association entre nous provoquerait des tensions. D’abord, nous ne pouvions pas connaître à l’avance la réaction d’Amber – voir son mari rouvrir un cabinet la mettrait sans doute dans tous ses états – ou celle d’Heather. Et surtout, le plus important, nous ne savions pas comment nous-mêmes réagirions l’un par rapport à l’autre. Comment je réagirais… Après tout, c’est moi qui me retrouverais en position d’infériorité dans cette histoire. Celui qui s’assure de la sécurité, celui qui prend des leçons du grand avocat. Ce genre de situation ne me dérangeait pas, j’avais été l’apprenti de mon père un temps et Richard ne pouvait pas être pire que lui.

Enfin, nous nous serrâmes la main pour ratifier, en quelque sorte, notre accord. Au fond, je n’avais aucune idée de ce dans quoi je m’embarquais et n’eus pas le temps de me le demander plus longtemps. Une voix familière intervint et Richard et moi tournâmes la tête comme un seul homme. Je laissai les deux époux se retrouver, en saluant Amber d’un simple signe de tête. De toute manière, j’eus bientôt à gérer Misha, apparu par magie dans le dos de ma belle-mère. Je m’accroupis pour être à sa hauteur, jetant un unique regard au gâteau avant que le berger blanc ne m’accapare entièrement. Comme l’avait dit Amber, il devait être excité par la nouveauté des lieux ; ses babines étaient retroussées, comme dans un sourire joyeux. Je le grattai sur la tête, les épaules et le dos, en lui susurrant à l’oreille :

« Tu crois que tu vas avoir du gâteau ? Eh beh non, c’est pas bon pour les p’tits chiens ! »

Réagissant au ton de ma voix davantage qu’au sens de mes paroles, il se mit à faire des tours sur lui-même, en se collant à moi au gré de ses envies. Gratte-moi le côté droit… Oh non, le côté gauche plutôt… Laisse-moi te lécher la joue… J’avais pris l’habitude de me laisser faire, en attendant que ça passe. Amber et Richard quittèrent bientôt le seuil de la maison, l’un après l’autre.

« D’accord », répondis-je à mon beau-père. « J’arrive. »

Je dus encore flatter l’encolure de Misha quelques secondes de plus, avant de me redresser sans recevoir le regard suppliant qui me faisait fondre à chaque fois. Lorsque je me dirigeai vers la porte, il me suivit avec une certaine hésitation, après avoir jeté un regard en direction du jardin. C’était un chien d’appartement, il n’avait pas l’habitude de partir en exploration seul. Il s’habituerait à ses petites virées quotidiennes sur ses nouvelles terres, mais en attendant, il préférait rester à proximité de ses humains… Après tout, même quand on pèse quarante kilos, s’aventurer dans les jardins de banlieue tout seul, ça fait peur quand même.

Tous les deux, nous rejoignîmes le salon, où tout le monde riait et dégustait son champagne, sauf mon père qui avait largué sa coupe quelque part. Je me dirigeai d’abord vers lui, puisqu’Heather était entourée de sa mère et de Yulia. Il avait le rouge au joue – comme Jimmy d’ailleurs – signe qu’il n’avait pas laissé sa part de rigolade. Mon ami et coéquipier était encore victime de hoquet de rire et il me tapota l’épaule en passant, en me regardant d’un air entendu. Il s’éloigna cependant et prit la direction des toilettes. Je reportai mon attention sur mon père.

« Tu leur as raconté l’histoire des vêtements roses, pas vrai ? », lui dis-je sur un ton faussement mécontent. Il aimait bien cette histoire et il n’y avait pas un Chasseur avec lequel il avait trinqué qui ne la connût pas. « Tu t’amuses bien ? »

« Oui », répondit-il, sans pour une fois chercher à glisser de l’ironie ou du cynisme dans sa réponse. « Je suis content pour toi, fils. »

Le gâteau s’apprêtait à être coupé. Je rejoignis Heather et passai un bras autour de sa taille, pendant qu’elle s’appliquait à faire des parts égales. Tout le monde souriait, riait et s’amusait. C’était tout simplement parfait.

Je me contentai de refermer la porte à clé avant de repartir m’affaler dans le canapé nouvellement installé. Tout le monde avait insisté pour aider à ranger et nettoyer. Au final, il ne restait plus rien des assiettes et des coupes. Tout avait été rangé dans le lave-vaisselle ou lavé, il ne restait plus rien à faire, si ce n’est se reposer. Sur mon chemin, je fus intercepté par Misha, qui m’interpella en couinant. Il avait besoin de sortir et j’eus droit à un aller-retour à la porte pour lui ouvrir. Le jardin était bien clôturé, il n’y avait rien à craindre. En lui ouvrant, je m’écartai pour le laisser passer. Il n’en fit rien et me regardait fixement.

« Tu vois, Misha, l’intérêt d’un jardin, c’est que tu peux aller faire tes besoins sans nous. Il va falloir t’y faire. »

Il ne bougea pas davantage et je décidai de laisser la porte légèrement entrouverte et repartit. Le chien resta un instant assis sur le seuil, jusqu’à ce que sa curiosité ou son besoin pressant n’ait raison de ses réticences. Il poussa un petit aboiement, annonçant son entrée dans ses terres et partit visiter. Pendant ce temps, j’arrivai enfin sur le canapé et m’assis à côté de ma femme. Je l’embrassai longuement, profitant de ce moment d’intimité bien méritée.

« Enfin seul ~ », lui murmurai-je dans un sourire.


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Heather Isles
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Lun 7 Aoû 2017 - 11:44


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
« Reste assise, on s'occupe de tout ! »

Personne ne s'en rendait compte, mais cette phrase m'agaçait de plus en plus. Ranger et nettoyer n'étaient pas des tâches bien compliquées, même pour une femme enceinte. Mais non, ma mère avait tenu à ce que je reste installée dans le canapé, pendant que tout le monde s'activait pour tout ranger avant de partir. Comme toujours, j'avais tenté de négocier, mais mon père n'avait pas tardé à intervenir pour appuyer ma mère, et j'avais fini par céder face à mes parents. Voir tout le monde s'agiter autour de moi sans pouvoir rien faire commençait à devenir de plus en plus insupportable, je me sentais juste totalement inutile et tellement assistée. Garder mon calme face à cette situation me demandait une grande dose d'efforts et j'essayais tout de même de sourire lorsque mon regard croisa celui de mes parents ou de quiconque, même si mon attention était plutôt sur Misha, qui était resté à mes côtés pour ne gêner personne.

Au bout de longues minutes, tout le monde finit par partir. Je fus surprise de voir Yulia partir en même temps que Jimmy, et cette complicité naissante me semblait assez suspecte à vrai dire, mais elle était bien assez grande pour prendre des décisions seule. Et après de longs conseils et mises en garde de la part de Maman, mes parents finirent par quitter à leur tour la maison, et Papa ne manqua pas de discuter encore un peu avec mon beau-père avant de prendre la voiture. Une image tellement irréaliste mais agréable, car c'était bien la première fois que je voyais Papa faire de vrais efforts pour notre famille, et cela me touchait beaucoup. Je ne manquerais pas de les remercier à l'occasion, lui et Harry, car cela nous enlevait une belle épine du pied. La vision du repas de famille sur la terrasse ne semblait plus si loin, et j'imaginais sans soucis nos parents coopérer pour s'occuper des jumeaux. Cela me fit sourire, car notre famille me semblait si parfaite que je ne la changerais pour rien au monde.

Et lorsque le dernier invité fut enfin sorti, je pus laisser échapper un long soupir de soulagement. Nous étions enfin tous les deux, enfin, avec Misha bien entendu, et il semblerait que je ne fus pas la seule à être ravie de ce soudain calme. Ed s'assit à mes côtés et nous nous embrassâmes longuement, la récompense après le dur effort comme diraient certains. Profitant un maximum de ce moment d'intimité, je finis par plonger mes yeux dans les siens, et me mis légèrement à rire après sa réflexion.

« Oui, enfin. » Je posai ma tête contre la sienne et profitai un peu de son étreinte. « Tout est parfait, et je ne m'attendais pas à ce que cette journée soit si spéciale. Même Misha semble bien s'amuser. » Il suffisait d'entendre les aboiements provenant du jardin pour savoir qu'il s'amusait comme un fou. « Même si nous avons failli assister à la troisième guerre mondiale. » ajoutai-je d'une voix plus calme.

Ed n'était pas là, mais Yulia et moi avions eu l'occasion d'assister au petit numéro de mon père. Je savais qu'il n'aimait pas le travail manuel, il m'avait d'ailleurs demandé à plusieurs reprises pourquoi nous ne faisions pas appel à des professionnels. Et pourtant, il était quand même venu nous donner un coup de main avec l'électricité, alors qu'il n'avait rien d'un électricien. Le revoir tanguer sur cet escabeau me fit grimacer, mais la suite entre l'affrontement Richard/Harry puis Richard/Ed me fit soupirer. Au moins, le problème était résolu, Papa avait fait des efforts et avait fini par parler calmement et librement avec Harry ou Ed pendant que nous mangeâmes et trinquâmes. Maman, comme à son habitude, avait fait dans l'excès, mais je ne pouvais pas lui en vouloir. Et bien sûr, Jimmy et Yulia n'avaient pas manqué de remettre un peu d'ambiance, sans parler des histoires de mon beau-père. J'avais hâte de vivre d'autres moments comme celui-là, mais nous avions bien besoin de repos pour le moment, surtout après ce long déménagement.

« Tout le monde a fait des efforts aujourd'hui, même mon père. Je me demande ce qui l'a fait subitement changer d'avis… » J'aurais bien aimé savoir ce qu'il avait dit à Harry lorsqu'ils avaient été voir ce panneau électrique à la cave, ou même demander à Ed le sujet de leur conversation quand ils étaient devant la maison, mais je me contentai de changer de sujet. « En tout cas, ton père semblait heureux. Et il n'hésite pas à ressortir certains dossiers ~ »

Je le regardai en souriant, car l'histoire que j'avais en tête était bien celle sur ces vêtements roses. L'espace d'un instant, je l'imaginai tout de rose vêtu et ne pus m'empêcher de laisser échapper un petit rire. Une situation bien gênante, je devais bien le reconnaître, et je devais m'estimer heureuse que ma mère n'eut pas la même idée que mon beau-père. La dose de rire s'arrêta très vite lorsque je sentis un petit coup pied dans mon ventre, comme si l'un des jumeaux me faisait comprendre que ce n'était pas bien de se moquer de son papa.
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Ed Silver
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Jeu 10 Aoû 2017 - 15:00
Je m'étais mis instinctivement à caresser ses cheveux, tandis que nous parlions. J'espérais que les enfants auraient la même chevelure dorée que leur mère, ainsi que ses yeux. En fait, j'aurais voulu avoir des copies miniatures d'Heather ; elle était tellement belle... Autour de nous, des cartons demandaient à ce qu'on les déballe, la poussière avait besoin d'être faite et certaines des pièces auraient bien besoin d'un petit coup de peinture, mais cela n'en entachait pas pour autant la perfection du moment, qu'avait soulignée Heather. Les aboiements de Misha se firent de plus en plus lointains, à mesure qu'il explorait plus avant le jardin et finirent par cesser. Il faudrait lui apprendre à se taire ; les voisins risquaient de nous faire la guerre, à force. En parlant de guerre...

« Ce n'était pas si terrible que ça », dis-je avec un sourire. « Papa était loin d'être à fond ! »

Il pouvait se montrer absolument insupportable. Quant à Richard, je n'avais pas tout vu, mais des paroles avaient été échangées et une trêve avait été conclue. L'important n'était pas comment les choses avaient commencé, mais comment elles s'étaient terminées. Et il fallait le reconnaître, la journée s'était conclue sur une belle unité familiale. Sans oublier Yulia et Jimmy, qui comme par hasard étaient repartis ensemble. Je notai dans un coin de ma tête qu'une petite discussion avec mon partenaire de chasse s'imposait. Lui et ses désirs de conquêtes, je ne voulais pas qu'ils empiètent sur ma vie personnelle. S'il brisait le cœur de Yulia, je n'arrêterais pas d'en entendre parler.

Ma conversation avec Richard avait un goût de victoire et je la savourerais encore plusieurs jours. Peut-être que dans quelques mois, je regretterais d'être entré en affaire avec lui sous prétexte de faire la paix pour la famille... Mais peut-être serais-je un salarié respecté de son cabinet, en route pour passer le concours du barreau. Je n'arrivais pas à savoir si cela me rendrait réellement heureux ou pas ; je ne le saurais pas avant d'avoir essayé. Moi qui ne connaissais que le travail de terrain, la chasse et ses périls, un emploi de bureau changerait grandement mon quotidien. Mais c'était ce qu'il y avait de mieux pour Heather et les enfants, alors même si cela me demandait un effort, je ferais tout mon possible pour l'apprécier.

En attendant, je m'étais donné une mission, la dernière de ma carrière : trouver la Lame du Purgatoire. Avec elle, je ne serais pas obligé de retourner à la chasse, mais je pourrais protéger ma famille. Cela pouvait paraître égoïste de garder un tel atout pour soi et sans doute que certaines nuits, je sortirais aider mes amis Chasseurs avec, mais c'était mon objectif et après tout, personne ne s'était occupé de trouver une telle arme avant. Et personne ne m'avait aidé, si ce n'est Calista. En réalité, cela me faisait deux missions à accomplir, car je comptais bien retrouver la Sorcière et m'assurer de sa sécurité. Je poussai un petit soupir pour moi-même : avocat ou pas, il y avait en réalité de grandes chances pour que je reste Chasseur malgré tout. C'était dans ma nature profonde.

Les paroles d'Heather me firent oublier cet avenir incertain et ces promesses faites à moi-même et qui n'engageaient que moi. Je ris, en posant la main sur son ventre rebondi. Celui-là même qui abritait nos enfants à venir. Je l'embrassai et répondis :

« Ce n'est pas un dossier, si je n'étais pas en âge de m'en souvenir ~ »

Elle riait, mais s'interrompit en même temps que je sentais un petit coup contre la paume de ma main. L'un des jumeaux avait visiblement pris parti contre elle.

« Tu vois, c'est mal de te moquer de ton homme, tu as été punie », la taquinai-je. « Je constate qu'ils sont déjà de mon côté. »

C'était à mon tour de rire, mais je ne le fis pas trop longtemps. Le but n'était pas de vexer Heather, nous étions un couple avant tout. Bien avant de devenir des parents.

« Il paraît que les pères sont plus proches de leurs filles et vice versa... S'il y a une fille là-dedans, je suis sûr que c'est elle qui a frappé », continuai-je, à demi-sérieux, en continuant de caresser le ventre rond de ma femme. Puis, je me penchai, faisant mine de parler aux bébés directement : « Pas vrai ? »

Je me redressai au moment où des grattements se faisaient entendre à la porte. Misha avait terminé sa balade et réclamait avec force suppliques qu'on le laissât rentrer. Je me payai un nouvel aller-retour et verrouillai la porte derrière nous. Il était tard, le berger attendrait désormais le lendemain matin pour ressortir. Quant à moi, je retournai auprès de ma compagne.

« Tu as des envies de prénoms ? », lui demandai-je, comme j'avais cru comprendre que le sujet avait été abordé durant mon absence. C'était stupide que nous n'en ayons jamais discuté, alors que les jumeaux étaient prévus pour bientôt. « C'est qu'avec la surprise, il va nous falloir réfléchir à quatre prénoms. »


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Heather Isles
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Dim 13 Aoû 2017 - 0:48


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S'il y avait bien une chose que j'avais remarquée ces derniers temps, c'était que je recevais régulièrement des coups quand Ed mettait sa main sur mon ventre, comme si les jumeaux souhaitaient montrer à leur père qu'ils étaient bien là, ou quand je le taquinais un peu trop, comme s'ils souhaitaient me punir. Puisqu'ils étaient dans mon ventre, difficile de les obliger à punir leur père quand c'était lui qui me taquinait. Et bien sûr, il n'avait pas tardé à rire de la situation, et je fis mine de lui donner un petit coup dans le bras pour le punir à ma façon. Je n'y mis pas ma force, bien entendu, et ce n'était de toute façon pas avec ma force de titan que j'allais réussir à lui faire mal. Je n'en avais pas l'envie de toute manière, Ed était bien trop adorable pour lui vouloir du mal.

Sa théorie piqua tout de même ma curiosité et je le regardai tandis qu'il me l'exposa. Je ne savais pas si c'était vrai, mais je m'imaginai déjà Ed en vrai papa poule si c'étaient des filles. Je ne doutais pas qu'il agisse de la même manière avec des garçons, mais sûrement pas aussi protecteur. En tout cas, le fait de le voir parler à nos enfants à travers mon ventre me fit rire, et je nous encourageais régulièrement à le faire. Ces petites choses entendent tout, vraiment tout, et je n'hésitais pas à mettre un peu de musique quand je suis seule puisque c'était fortement conseillé. Tant de théories que je ne pouvais partager pour le moment puisque mon chéri s'était éloigné momentanément pour rentrer Misha, qui choisissait toujours son moment pour nous interrompre. J'étais persuadée qu'il le faisait exprès, pour s'assurer qu'il était toujours là, et pour s'accaparer un peu Ed. S'il croyait que je ne l'avais pas vu régulièrement à ses côtés à tenter de le supplier pour des caresses ou des petits extras, étant donné que je me pliais moins facilement à ses demandes que son meilleur ami…

En parlant du loup, Ed revint rapidement à mes côtés une fois Misha à l'intérieur de la maison. Il ne perdit pas de temps pour aborder le sujet des prénoms, bien que le fait qu'il en parlât maintenant me surprit. Ce n'était pas comme si j'avais déjà eu la question tout à l'heure, comme bien d'autres concernant nos enfants et notre future famille, et je me souvins qu'il n'était pas là à ce moment-là. Était-il devin ? À moins que quelqu'un lui eut posé la question en espérant que je mentais et qu'il arriverait à lui soutirer des informations. En tout cas, cela ne fit en rien disparaître mon sourire.

« Tiens, tout le monde me pose cette question aujourd'hui. Tout comme les curieux qui souhaitent connaître en avance le sexe des enfants, et encore bien des choses. » Je me mis à hausser les épaules, puis fermai les yeux. « Mais c'est vrai qu'il est grand temps d'aborder ce sujet. L'échéance arrive très vite. »

Le terme me semblait encore loin, mais je savais que les femmes enceintes de jumeaux l'atteignaient très rarement, et je me doutais bien que je ne fasse pas exception à la règle. Pour éviter d'être pris au dépourvu, mieux valait réfléchir déjà aux prénoms, et ce n'était pas gagné. Posant ma main sur mes lèvres, je me mis à réfléchir et décidai de partager rapidement mon point de vue, ou devrais-je dire de faire une petite plaisanterie qui, je l'espérais, n'allait pas m'attirer un nouveau coup de pied de la part des jumeaux.

« En tout cas, s'il y a une fille, je l'appellerai bien Emily. » Je rouvris les yeux et regardai longuement Ed, comme si je m'attendais à quelque chose en particulier, mais rien ne se passa. « Hey, soit ta théorie est fausse, soit notre potentielle fille aime le prénom… À moins qu'elle ait pitié de moi. »

Je me mis à rire sur cette conclusion, un rire qui disparut très vite en même temps que je repris mon sérieux. Ce n'était pas un sujet à prendre à la légère, nos enfants porteraient ces prénoms toute leur vie. Je souhaitais le meilleur pour eux, et je ne me voyais pas inventer un prénom loufoque comme le faisaient certaines célébrités. Mais il y avait tellement de possibilités que j'avais tout simplement l'impression d'être perdu, et le coup de cœur ne s'était toujours pas présenté.

« À vrai dire, j'y ai longuement pensé ces derniers jours. J'ai trouvé des prénoms assez sympas, mais pas un seul ne sort du lot. Un prénom n'est pas un choix à faire à la va-vite, nos enfants vont quand même le porter toute leur vie, et j'aimerais vraiment trouver quelque chose d'exceptionnel. » Un petit soupir s'échappa de mes lèvres, puis je pris les mains d'Ed dans les miennes, avec un petit sourire au coin des lèvres. « On va faire un marché ; si ce sont des jumeaux, c'est moi qui choisis le prénom en premier, et tu choisiras en premier si ce sont des filles. Et si jamais nous avons les deux, puisque les pères sont plus proches des filles, je te laisserais choisir le prénom de notre fille et je choisirais celui de notre fils. »

Au moins, nous n'avions pas besoin de nous bagarrer pour savoir quel prénom choisir si nous n'attendions qu'un enfant. Les parents d'Ed avaient choisi en fonction du sexe de l'enfant. De mon côté, Papa voulait m'appeler Lauren, mais ce fut Maman qui eut le dernier mot. Ils ne m'avaient jamais expliqué pourquoi, même quand j'essayais de voir plus clair dans cette histoire. Connaissant Papa, il aimait avoir le dernier mot et arrivait facilement à convaincre Maman. Mais peut-être que pour une fois, il n'avait pas su le lui refuser. En tout cas, j'aimais particulièrement mon prénom et j'espérais que ce soit la même chose avec nos enfants. Dire qu'il nous restait que quelques semaines pour trouver les prénoms puisque la grossesse se rapprochait dangereusement de la fin, et que je me rapprochais de plus en plus de l'accouchement, le moment que je redoutais le plus.

Perdue dans mes pensées, ce fut Misha qui m'interpella lorsqu'il se mit à aboyer faiblement. En tournant la tête dans sa direction, je constatai qu'il était assis à côté du canapé, et qu'il nous fixait avec ses grands yeux qui faisaient fondre n'importe qui, et surtout Ed. Pour ma part, je m'imaginais les jumeaux au beau milieu du salon qui s'amusaient avec Misha, tandis que nous surveillâmes tranquillement le petit groupe. Il était tout aussi impatient que nous de les voir arriver, et pointait régulièrement sa petite truffe sur mon ventre ces derniers temps. Tout était encore calme aujourd'hui, et nous devions en profiter, car l'arrivée des jumeaux allait bien changer des choses, et cela ne me rassurait pas forcément.

« Cela me fait bizarre de me dire qu'ils vont débarquer dans quelques semaines. Que nous allons devenir parents. »

Vraiment bizarre, car je ne pensais vraiment pas devenir Maman aussi vite. Ce n'était pas que je ne voulais pas fonder une famille avec Ed, je ne me voyais en faire une qu'avec lui à vrai dire. J'aurais simplement aimé pouvoir profiter un peu plus de notre vie en couple avant d'envisager une vie de famille, rien de plus. Et au fond, cet inconnu me terrorisait de plus en plus puisque je ne l'avais en aucun cas prévu. Est-ce que j'allais être à la hauteur ? Est-ce que nous avions fait les bons choix ? Seul l'avenir nous le dira.
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Heather Isles
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Ed Silver
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Mer 23 Aoû 2017 - 19:02
Je hochai la tête en même temps que Heather faisait allusion aux petits curieux. Je le savais bien qu'on l'avait harcelée sur le sujet, puisque Yulia et Jimmy, après m'avoir mis un petit coup de coude dans les côtes, avait tenté de me faire cracher le morceau. Heureusement pour moi, je n'avais rien à leur dire, sinon aucun doute qu'ils auraient réussi à me faire craquer. Je ne pus retenir un frisson, à la fois d'appréhension et d'excitation, à l'idée que la naissance de nos enfants était toute proche. L'échéance, comme disait Heather... Je me demandais où nous nous trouverions et ce que nous serions en train de faire, quand le moment fatidique arriverait. Je priais pour qu'ils ne nous prennent pas au dépourvu, comme en plein milieu d'une visite à la famille ou alors que nous serions en panne au bord de la route. Ce qui m'effrayait le plus, cependant, c'était l'idée de ne pas être là.

Heather faisait mine de réfléchir aux prénoms ; je ne pensais pas qu'elle me prendrait aussi vite au mot. Mais bien vite, je compris que ce n'était là qu'une façon de glisser une nouvelle plaisanterie sur l'erreur qui m'avait valu d'avoir une chambre rose et des vêtements de fille, pendant les premières heures de ma vie. Je mimai une gifle au ralenti, écho au petit coup que m'avait donné la jeune femme plus tôt. Au moment où ma main se posait sur sa joue, je l'embrassai, avant de lui répondre :

« C'est définitivement de la pitié. »

Quant au choix des prénoms, je n'étais pas aussi indécis que Heather. Je n'y avais pas réfléchi, pour être honnête, mais je savais d'avance que je ne me casserais pas longtemps la tête. Je choisirais un prénom qui me plaisait et ce, même si des millions d'autres enfants le portaient déjà. Je ne cherchais pas à faire dans l'unique, mais dans l'agréable. Après tout, j'allais prononcer ces deux prénoms des milliers de fois pour le restant de ma vie. Mes mains dans celles d'Heather, j'acceptai sans hésiter sa proposition. J'avais plus d'inspiration pour une fille que pour un garçon, de toute manière et j'espérais bien qu'il y en aurait une dans le lot. Si c'était des garçons, je les aimerais quand même plus que ma propre vie, mais les filles s'occupent de leur vieux père, elles.

« Ne cherche pas trop compliqué, dans tous les cas : soit ce sera déjà pris, soit ce sera ridicule », la taquinai-je gentiment. « Mais marché conclu, on fera comme ça. »

Je fis rapidement l'inventaire des femmes de ma connaissance. Au final, j'en connaissais peu et aucune à qui j'avais envie de rendre hommage en donnant son prénom à ma fille. Aucune, sauf peut-être...

A ce moment, l'intervention de Misha nous détourna de cette conversation épineuse. Il était de plus en plus collant ; exploit relativement impressionnant, compte tenu du fait qu'il l'était déjà beaucoup à notre rencontre. Nous savions tous ce qui le mettait dans cet état : instinctivement, il comprenait ce qui se passait. Les jumeaux allaient arriver et le chien serait sans doute le moins surpris d'entre nous. Mais ce serait le plus jaloux. Je m'étais déjà promis de prendre le temps de m'occuper du berger, malgré les enfants et toutes les taches que leur naissance impliquerait ; de lui faire faire des jeux avec eux, pour les habituer à jouer ensemble. Ce ne serait pas facile, au début, de faire comprendre à cette grosse brute, que les bébés, c'est fragile...

Pour la première fois peut-être depuis que la grossesse d'Heather avait été révélée, cette dernière exprima clairement l'appréhension qui était la nôtre de former si vite une famille. Nous n'en avions jamais discuté dans ces termes, entraînés par l'euphorie et davantage occupés parfois par Alocer et les familles.

« C'est terrifiant », confirmai-je. J'aurais pu lui mentir et la rassurer, mais je ne voulais pas qu'elle ait de mauvaise surprise : je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. Je n'avais jamais tenu de bébé dans mes bras et l'avais encore moins nourri, changé, habillé... Élevé, aimé. Et je n'avais pas le meilleur exemple de père qu'on puisse avoir. Ce serait de l'improvisation et je n'étais pas certain de m'en sortir et cela m'effrayait plus que de partir en pleine nuit armé d'une machette pour raser un nid de Vampires. Cependant, comme me l'avait dit une certaine Lucrezia, je n'étais pas seul. « Mais à deux, on fera du super boulot. »

Je passai mon bras autour des épaules de ma femme pour l'attirer contre moi et la serrai aussi fort que le jour où je l'avais ressuscitée à l'hôpital.

« Parce qu'on est un super couple. »


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Heather Isles
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Ven 25 Aoû 2017 - 0:09


La maison du bonheurFt Ed Silver & Heather Isles
Il y avait des moments où j'avais l'impression que nous n'étions que des adolescents amoureux. Et le fait de se taquiner et de se "frapper" comme nous le faisions me faisaient vraiment penser à deux enfants. C'était mignon à voir, et je me disais que nos enfants n'allaient pas s'ennuyer avec deux parents comme nous. Je m'imaginais déjà Edward en train de se plier en quatre pour jouer avec les jumeaux, que ce soit les chevaliers contre l'infâme dragon, ou tout autre chose. Il n'y avait pas une seule fois où je ne me disais pas que j'avais de la chance de l'avoir connu, et beaucoup de chances d'avoir un homme comme lui. Je ne regrettais rien de tout ce qu'il s'était passé jusque-là, à part le petit incident chez moi bien entendu, et n'aurais rien changé. Il était tout simplement parfait, quasiment sans défauts, et ces petits défauts devenaient même adorables à vrai dire. Difficile de lui résister, et je venais toujours à me demander ce qu'il trouvait de spécial chez moi pour décider de partager sa vie ensemble. Parce qu'il me semblait bien trop parfait pour moi, encore.

Nous nous étions mis rapidement d'accord sur l'attribution des prénoms de nos enfants, il ne me restait plus qu'à trouver deux prénoms, un pour un garçon et un pour une fille. Même s'il nous suffisait de demander à la prochaine échographie les sexes des enfants pour faciliter notre choix, je tenais à garder la surprise jusqu'au bout. Et puis, Ed était la preuve que connaître en avance le sexe de l'enfant ne signifiait rien et n'était pas satisfaisant à 100 %. J'avais encore le temps pour faire mon choix, mais pas trop, car le jour J allait vite arriver, même trop vite. Passer de deux, trois si je comptais Misha, à cinq était un sacré changement, à tel point que je commençais légèrement à douter de mes capacités. Mais c'était sans compter sur l'intervention de mon super amour pour me remonter le moral. Il avait tout à fait raison, je n'étais pas seule dans cette épreuve, nous étions deux. Et nous pouvions toujours reposer sur l'autre si nécessaire. Je sentis son bras se poser autour de mes épaules, et ne cherchai même pas à lutter lorsqu'il m'attira contre lui. Ce genre d'étreinte dont il avait le secret me donnait toujours une sensation agréable, comme si je savais que nous pouvions tout surmonter. Un petit rire s'échappa de mes lèvres, puis je me redressais légèrement pour déposer un baiser sur ses lèvres.

« Tu as raison, nous sommes un super couple et nous allons former une super famille. »

Je le regardai toujours en souriant, puis vins poser ma tête contre la sienne tout en profitant de cette étreinte. Je pourrais rester là pendant des heures, voire même m'endormir dans ses bras tellement que je m'y sentais bien. Mais entre nous deux, c'était plutôt Ed qui avait besoin de se reposer après cet éprouvant déménagement. De mon côté, je n'avais pas fait grand-chose puisqu'on m'avait forcé à rester assise sur ce même canapé pendant que tout le monde s'agitait autour de moi. En parlant de cela, le déménagement n'était pas vraiment terminé, il y avait encore beaucoup de choses à ranger. On avait encore le temps de tout faire dans les jours à venir, Ed pouvait un peu se reposer et je pouvais enfin profiter de sa présence, je n'allais pas m'en priver.

« Il y a encore beaucoup de choses à ranger, mais je t'avoue que je préférerais remettre ça à demain. Pour le moment, j'ai simplement envie de passer le reste de la soirée tranquillement à tes côtés. »

C'était un tout nouveau départ pour nous deux, pour la famille que nous espérons construire. Et pour un début, je n'avais pas à me plaindre. Une belle maison, un superbe effort de la part de nos pères respectifs. Nous ne pouvions pas rêver mieux pour notre futur.
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